Monde Cette semaine, six ministres belges participeront à la grande conférence sur le climat de Marrakech (COP22).

Cette semaine, six ministres belges se rendront à Marrakech (Maroc) pour participer à la COP22, le rassemblement mondial dédié à la lutte contre le réchauffement climatique. La pléthore de responsables politiques en mission pour le climat illustre la difficulté de la Belgique à parler d’une seule voix dans un domaine pourtant crucial pour l’avenir de nos enfants.

Pour le professeur de climatologie à l’UCL Jean-Pascal van Ypersele, cette dispersion est un faux problème : "Si cela permet qu’ils et elles soient tous exposés aux bonnes idées et aux mesures ambitieuses adoptées ailleurs et qu’ils et elles reviennent gonflés à bloc pour sauver le climat pour nos enfants, c’est très utile".

Il dénonce par contre l’absence de plan national en matière de réduction d’émissions. Interview.

L’an passé, la Belgique n’avait pas réussi à présenter un projet climat unifié, national. Un an plus tard, a-t-on avancé ?

"Il a fallu près d’un an pour concrétiser l’accord annoncé en dernière minute à la COP21. Il n’y a toujours aucun plan national qui soit à la hauteur des réductions d’émissions auxquelles l’accord de Paris nous engage à long terme. En clair : se passer bientôt complètement des combustibles fossiles. Les différents pouvoirs coordonnent trop peu leurs mesures, qui sont par ailleurs bien trop peu ambitieuses. Il manque une vision claire, un plan stratégique."

On a énormément parlé de la COP21 et de ses grands accords. Certains spécialistes disent que la COP22 est plus importante encore…

"Je dirais plutôt que la COP22 doit commencer à préciser les règles détaillées de mise en œuvre de l’accord de Paris. C’est essentiel mais, d’une certaine manière, moins compliqué que de négocier un tout nouveau traité international."

Quelles seraient, selon vous, les trois mesures les plus efficaces pour lutter contre le réchauffement climatique ?

"Ce choix n’engage que moi. Primo : isoler tous les bâtiments existants par l’extérieur (toits et murs) et construire les nouveaux bâtiments en suivant les normes les plus strictes. Il faut une action résolue des gouvernements ainsi que des mesures fiscales qui encouragent l’efficacité énergétique sans oublier de décourager l’utilisation de grandes quantités d’énergie, en particulier d’origine fossile. Deuzio : arrêter de construire des nouvelles routes et plutôt développer les transports publics, mettre en valeur la mobilité douce. Les billets d’avion, qui bénéficient de carburant détaxé et sont énormément polluants, devraient être taxés pour aider à financer ces mesures. Tertio : supprimer progressivement tous les subsides aux énergies fossiles et utiliser les montants épargnés pour éliminer la pauvreté et financer l’isolation à grande échelle des bâtiments, ainsi que le développement des transports publics et de mobilité douce."

Dans quels secteurs la Belgique est-elle à la traîne ?

"Dans presque tous les pays, le secteur où les réductions d’émissions sont les plus difficiles à obtenir est celui des transports. Pourquoi ? Parce qu’on construit encore des routes plutôt que des autoroutes cyclables sécurisées et que l’on pense encore que construire des centres commerciaux et de nouveaux quartiers résidentiels à l’extérieur des villes est une bonne idée. Cela augmente la demande structurelle en transport par véhicule individuel, et donc les émissions de CO2."


"Trump devra se rendre compte de la réalité climatique tôt ou tard"

Durant la campagne électorale, le candidat Trump avait chargé lourdement la barque climatique. Selon lui, le dérèglement climatique n’est rien d’autre qu’un "canular". Il avait aussi menacé d’annuler l’accord signé à Paris contre le réchauffement (Cop21). Le climatologue de l’UCL Jean-Pascal van Ypersele rappelle pourtant qu’en 2009,"Donald Trump a signé avec d’autres chefs d’entreprise un appel au président Obama pour que les USA développent une politique climatique ambitieuse. Aujourd’hui, il semble entouré par des lobbyistes liés aux combustibles fossiles. Et il chercherait à faire sortir son pays de l’accord de Paris. Cela signifierait que son pays se priverait de la possibilité d’influencer les mesures de plus en plus ambitieuses qui seront prises par la communauté internationale. Le reste du monde, l’Europe et Chine en tête, a commencé à décarboner ses sources d’énergie. Les innovations, les nouveaux emplois se trouveront de plus en plus clairement dans ce secteur. Donald Trump sera forcé de se rendre compte de cette réalité tôt ou tard."


Nouveaux records de chaleur cette année

L’année 2016 est en passe de devenir la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés et de battre le record établi en 2015, selon un rapport publié lundi par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). La température moyenne en 2016 devrait être supérieure d’environ 1,2°C aux niveaux préindustriels. "Si cela se confirmait, alors le 21e siècle compterait 16 des 17 années les plus chaudes constatées depuis le début des relevés (l’autre étant 1998)", souligne l’OMM, en marge de la Conférence de l’ONU sur le climat à Marrakech (COP22). Les records de chaleur constatés en 2015 et en 2016 s’expliquent notamment par un puissant épisode du phénomène El Niño, selon l’OMM. Un tel niveau de réchauffement rapproche dangereusement la planète de la barre des +2°C au-delà de laquelle il deviendrait difficile, selon les scientifiques, de s’adapter aux conséquences du changement climatique. L’accord de Paris, entré en vigueur début novembre, fixe comme objectif une limitation du réchauffement mondial sous les 2°C et si possible sous la barre de 1,5°C.