Monde

Gérard Collomb dit condamner avec la plus grande fermeté les actes d'Alexandre Benalla, ce proche d'Emmanuel Macron filmé en train de frapper des manifestants le 1er mai.

Le ministre de l'Intérieur s'est défendu de toute faute personnelle dans la gestion de l'affaire Benalla, renvoyant la responsabilité d'éventuels manquements au préfet de police et au cabinet d'Emmanuel Macron, lors d'une audition cruciale à l'Assemblée nationale.

Entendu ce lundi matin par la commission des Lois de l'Assemblée dotée de prérogatives d'enquête, le ministre s'est s'est expliqué vigoureusement dans un propos liminaire, avant d'être soumis au feu nourri des questions des députés.

Il a affirmé avoir été informé le lendemain des faits par son cabinet de l'existence de la vidéo sur laquelle on voit Alexandre Benalla frapper et malmener deux manifestants en présence d'un autre observateur, Vincent Crase, employé de La République en marche (LREM). Mais il a estimé que ce n'était pas à lui de saisir la justice de ces actes qu'il a de nouveau condamnés "avec la plus grande fermeté".

"Ce n'est pas au ministre qu'il appartient de le faire. (...) Je considère que c'est à ceux qui sont en responsabilité dans leurs administrations, au plus près du terrain, de recueillir les éléments permettant de justifier la transmission d'un signalement au titre de l'article 40" du Code de procédure pénale, a-t-il déclaré.

"C'était à eux de prendre les sanctions"

Dans un climat relativement tendu, Gérard Collomb a déclaré: "Je n'ai jamais évoqué la situation de Monsieur Benalla avec le président de la République". Avant d'ajouter : "je m'étais assuré que tant le cabinet du président de la République que le préfet de police avaient été destinataires de l'information. Je pensais, comme c'est la règle, que les mesures appropriées avaient été prises. C'était à eux de prendre les sanctions et éventuellement d'informer les autorités judiciaires", a souligné Gérard Collomb.

Le préfet de police Michel Delpuech, dont la position paraissait très fragilisée après ces propos, sera entendu à l'Assemblée lundi à partir de 14H00.

Le ministre de l'Intérieur sera aussi mardi devant la commission d'enquête sénatoriale, qui pourrait également entendre mercredi, selon des sources parlementaires, le directeur de cabinet du président de la République Patrick Strzoda, également sur la sellette.

M. Collomb a aussi déclaré qu'il ignorait qu'Alexandre Benalla était conseiller à l'Elysée, et qu'il n'avait pas été prévenu de la présence, lors de la manifestation du 1er mai, de deux observateurs avec les policiers.

Il a également expliqué qu'Alexandre Benalla avait, par le passé, sollicité plusieurs fois une autorisation de port d'arme. Des demandes à chaque fois rejetées, jusqu'à ce qu'un préfet de police ne le lui accorde, en octobre 2017, sans que le cabinet du ministre de l'Intérieur n'ait été averti, a déclaré Gérard Collomb.

Dimanche soir, l'entourage d'Emmanuel Macron, resté silencieux depuis le début de la crise, a fait savoir que le chef de l'Etat jugeait "inacceptables" les faits reprochés à M. Benalla tout en promettant qu'il n'y aurait "pas d'impunité". Le chef de l'Etat, qui prendra la parole publiquement "quand il le jugera utile", a demandé au secrétaire général de l'Elysée de "mener la réorganisation pour éviter qu'un tel dysfonctionnement se reproduise", à l'issue d'une réunion à l'Elysée rassemblant plusieurs membres du gouvernement, dont Gérard Collomb.

L'Assemblée paralysée

Le ministre de l'Intérieur sera aussi mardi devant la commission d'enquête sénatoriale, qui pourrait également entendre mercredi le directeur de cabinet du président de la République Patrick Strzoda, selon des sources parlementaires. Le préfet de police Michel Delpuech sera, lui, entendu à l'Assemblée lundi à partir de 14H00.

Parallèlement à l'enquête parlementaire, une enquête administrative a été confiée à la "police des polices". "Le rapport de l'Inspection générale de la police nationale devrait être remis à la fin de cette semaine. Et le Premier ministre m'a indiqué qu'il serait communiqué immédiatement au Parlement", a déclaré le président de l'Assemblée nationale François de Rugy sur France Inter.

Sur le plan judiciaire, en plus d'être mis en examen, M. Benalla et M. Crase ont été soumis à un contrôle judiciaire qui leur interdit d'exercer une fonction publique ou une mission de service public, de détenir une arme et d'entrer en contact avec d'autres protagonistes de l'affaire.

Déjà suspendus, les trois policiers de la préfecture de police de Paris mis en cause ont également été mis en examen, pour "détournement d'images issues d'un système de vidéoprotection" et "violation du secret professionnel".

L'affaire a bouleversé l'agenda politique et paralysé l'Assemblée: l'examen de la révision constitutionnelle a dû être suspendu jusqu'à nouvel ordre face au chaos provoqué dans l'hémicycle par ce scandale.


Revivez l'ensemble de l'audition