Monde Cet enquêteur, le dernier à avoir tenté de négocier avec le tueur au scooter, était en fait sa dernière cible.

Les policiers défilent au procès d’Abdelkader Merah, frère de Mohamed, le tueur au scooter, auteur de la première attaque terroriste d’envergure du XXIe siècle sur le territoire français. Parmi ces policiers, il en est un qui connaissait Merah comme sa poche. Son nom, son visage et sa voix sont inconnus : il se fait appeler H assan. Analyste opérationnel à la DGSI, il était affecté au suivi de la mouvance radicale sunnite. Il a commencé à s’intéresser à la famille Merah en 2006, soit six ans avant les faits.

C’est d’abord Abdelkader Merah qui est entré dans le radar du renseignement français. "Il faisait du prosélytisme, essayait de convertir des dealers dans un quartier sensible", à Toulouse, précise Hassan. C’est en 2006 que les agents tombent sur une photo du jeune Mohamed Merah, à peine 18 ans, tenant en main un Coran et un couteau de boucher. Lui et son frère sont fichés S et surveillés.

Les années passent et, en 2011, il apparaît que Mohamed Merah se trouve en Afghanistan. À son retour, en février 2011, il est surveillé de près par l’équipe d’Hassan. Merah se méfie, tente d’échapper aux filatures. Après un passage au Pakistan, en septembre 2011, l’agent lui propose un entretien. "Je lui ai dit : ‘Tu nous as un peu baladés, quand même’ , et il a rigolé. Puis, on a discuté à bâtons rompus sur la religion. J’ai ressenti une haine, une violence qui était dissimulée. Et un très fort ressentiment religieux." Puis, la direction centrale du Renseignement a repris le dossier et Hassan a travaillé sur d’autres cas. Jusqu’aux tueries de 2012.

L’analyste est appelé car il connaissait le forcené. "La négociation du Raid n’aboutissait pas, il leur fallait un visage connu, ça s’est fait comme ça." Hassan se rend dans le quartier toulousain de la Côte pavée, où Merah s’est retranché. Ils échangent durant des heures. "Est-il vrai que vous avez vous-même fait partie de ses cibles ?", demande l’avocate générale. "Oui, durant la négociation, il me dit froidement qu’il a voulu me tendre un piège parce qu’il me connaissait, me faire croire qu’il me donnerait des informations pour me tirer une balle dans la tête".