Monde Le système Terre est malmené comme il ne l’a sans doute jamais été, souligne un nouveau rapport du WWF. 

Sur ce trésor de biodiversité qu’est l’île de Madagascar, dont les plantes et les animaux ont été façonnés par une évolution unique, le climat devrait rendre les lieux inhabitables pour le quart des espèces d’ici 2080, même si la hausse des températures globales est maintenue à 2°C. Sur les côtes d’Afrique de l’Est, avec +2°C, ce sont 25 % des espèces qui deviendraient inadaptées au climat. A +4,5°C, la moitié des mammifères seraient menacés, tandis que 56 % des plantes risqueraient l’extinction. Les éléphants, en particulier, souffriront des températures plus élevées et du manque de pluie : ils ont besoin de 150 à 300 litres d’eau par jour, pour boire et se rafraîchir. Déjà, en Zambie, les pachydermes sont obligés de sortir du parc national Sioma Ngwezi pour trouver de l’eau, ce qui provoque des conflits avec les éleveurs locaux. Ce ne sont là que quelques exemples issus du rapport que le Fonds mondial pour la nature (WWF), vient de réaliser à l’échelle mondiale. L’étude, menée avec les Universités James Cook et East Anglia, est publiée ce mercredi dans la revue "Climatic Change".

Déplacements trop lents pour survivre

Concrètement, les chercheurs ont étudié l’impact du changement climatique sur près de 80 000 espèces dans 35 régions qui abritent une importante variété de flore et de faune sauvages (les "priority places"). Différentes hypothèses climatiques ont été examinées à l’horizon 2080, d’une hausse de température de 2 °C (seuil maximum fixé par l’accord de Paris) à un scénario de l’inaction selon lequel les températures moyennes mondiales pourraient croître de 4,5 °C. Conclusion : si la hausse est maintenue à 2°C, un peu moins de 25 % des espèces dans les "lieux prioritaires" sont à risque d’extinction. A + 4,5 °C, ce sont quasi 50 % des espèces de ces endroits qui disparaîtraient. Et seuls 18 % de l’espace des "priority places" seraient encore climatiquement adaptés aux espèces, contre 56 % à + 2 °C. Mais même en respectant la réduction des émissions de l’accord de Paris, les températures autrefois "extrêmes" deviendront habituelles à ces endroits.

La possibilité d’une dispersion (les animaux peuvent bouger librement) fait toutefois baisser le risque d’extinction (20 % au lieu de 25 % à + 2 °C). "Mais la plupart des plantes, amphibiens et reptiles, ne peuvent pas se déplacer assez vite et s’adapter à ces changements climatiques, dit-on au WWF. En outre, la fragmentation des réserves naturelles (due à la construction d’infrastructures, par exemple) fait que beaucoup d’espèces sont piégées dans leur région et ne trouvent pas d’autres refuges." Le WWF appelle donc à réduire les émissions de gaz à effet de serre mais aussi à intégrer l’impact climatique dans les plans de conservation. "La biodiversité n’a pas qu’une valeur intrinsèque, avertit enfin le rapport. Sa perte cause aussi de profonds changements aux écosystèmes, qui fournit des services vitaux à des millions de personnes."

© AFP