Monde L’effondrement du pont Morandi a précipité véhicules et passagers dans le vide. Le bilan provisoire s’élève à 42 morts.

"D’abord j’ai entendu un bruit, puis tout s’est écroulé… J’ai vu la route disparaître, ça a été une énorme frayeur. Je ne sais pas comment ma voiture n’a pas été écrasée." Davide Capello, 36 ans, vient de sortir indemne de l’effondrement le plus meurtrier d’Europe depuis 2001.

Il est 11 h 50 ce mardi. La pluie s’abat sur Gênes, dans le nord de l’Italie. Des centaines de voitures traversent le pont Morandi, bien connu des vacanciers belges, qui permet à l’autoroute A10 de franchir le torrent Polcevara.

Soudain, dans un énorme grondement, le pont s’effondre. Les habitants à proximité du pont ont confié aux médias italiens avoir d’abord pensé à "un tremblement de terre" en entendant le bruit assourdissant. D’autres ont vu la foudre s’abattre sur le pont.

Selon un bilan provisoire, le nombre de morts s’élève désormais à 42, dont trois mineurs, et de nombreux disparus, a indiqué mercredi le procureur de la ville, Francesco Cozzi. Une quarantaine de véhicules auraient chuté dans le vide, d’une hauteur de 45 mètres.

Depuis mardi, des équipes de pompiers se démènent dans les décombres à l’aide de chiens et de pelleteuses. "On ne perd pas l’espoir de trouver des survivants", a confié Emanuele Gissi, commandant adjoint des pompiers de la région Piémont.

De nombreux rescapés racontent l’enfer vécu sur place. "J’ai vu le camion vert (le même que l’on aperçoit sur cette photo incroyable, au bord du gouffre) devant moi s’arrêter et faire marche arrière, je me suis arrêté, j’ai fermé le camion et je suis parti en courant", a raconté Afifi Idriss, chauffeur routier de 39 ans, à l’AFP.

Parmi les rescapés, une famille française. "Là, on a vu le pylône du pont partir, s’en aller sur la droite. Désolée mais c’est impossible à expliquer mieux que ça et la visibilité était affreuse. Sur le coup, notre cerveau a cherché une autre explication, ça n’était pas concevable."

Jerney, un vacancier belge, a certainement eu la chance de sa vie. "Nous avions prévu aujourd’hui d’aller à un parc aquatique, et pour y arriver, il faut traverser le pont. Heureusement, nous avons dû modifier nos plans en raison du mauvais temps. Sinon, on aurait dû l’emprunter", dit-il au journal Het Nieuwsblad.

Selon des experts, le pont Morandi connaissait des problèmes structurels depuis sa construction dans les années 1960, et les coûts d’entretien liés aux fissures et à la dégradation du béton étaient très élevés. "Des travaux de consolidation étaient en cours sur la base du viaduc", ajoute la Société italienne des autoroutes. Le vice-ministre des Infrastructures Edoardo Rixi s’est montré très clair : "Un pont de ce genre ne s’effondre pas à cause d’un éclair ou d’un orage, il faut trouver les coupables."

Les hommages, sur les réseaux sociaux, se sont multipliés tout au long des dernières heures, au fur et à mesure que les identités des victimes commençaient à être dévoilées, ainsi que leurs histoires. Gênes a décrété deux jours de deuil, mercredi et jeudi.


Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur : "Les coupables devront payer cher"

Quelques heures après l’effondrement du pont Morandi, Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur italien, a promis "de trouver les noms des responsables".

Actuellement à Catane, en Sicile, Salvini a déclaré "s’engager auprès des Italiens à aller jusqu’au bout afin de déterminer les responsabilités de cette catastrophe". Selon lui, "il est impensable de travailler et de mourir comme ça en Italie en 2018. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour avoir les noms des responsables passés et présents et ils devront le payer cher", a-t-il insisté.

Le patron de l’extrême droite a ensuite fustigé le manque d’investissements concernant la vieillesse générale d’un grand nombre d’infrastructures italiennes. "Une bonne partie de l’Italie doit être mise en sécurité. S’il y a des engagements extérieurs qui nous empêchent de dépenser l’argent que nous devons mettre pour la sécurité des écoles et des autoroutes, on se posera la question de continuer à les respecter", a martelé Salvini, ciblant ouvertement l’Europe.

De son côté, Sergio Mattarella, le président italien, a appelé à "un examen sérieux des causes de ce désastre". Avec un ton posé, Mattarella a déclaré que "personne ne pourra se soustraire à un exercice de pleine responsabilité : les familles des victimes l’exigent, de même que la communauté frappée par un événement qui laissera des traces".

Pour Luigi Di Maio, vice-Premier ministre et chef de file du Mouvement 5 Étoiles (le parti populiste), "le pont s’est écroulé parce que la maintenance n’a pas été faite. Les responsables sont facilement identifiables : il s’agit d’Autostrade per l’Italia (le gestionnaire des autoroutes en Italie) . Il faut retirer les concessions et faire payer des amendes. Si un privé n’est pas en mesure de gérer les autoroutes, l’État le fera", a-t-il prévenu.

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