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Il a fait le troubadour pour Donald Trump pendant la campagne présidentielle avec sa guitare, appelant à voter pour le seul candidat qui promettait de s'attaquer de front à la vague d'addiction à l'héroïne qui a emporté son fils.

Aujourd'hui, Kraig Moss, 58 ans, s'apprête à quitter la maison qu'il occupe dans la petite ville d'Owego, au nord de l'Etat de New York, pour emménager dans un mobil-home. Il ne chante plus pour Donald Trump. Et quand il gratte la guitare, c'est pour entonner une ballade triste en mémoire de son fils Rob, décédé d'une overdose en 2014, à l'âge de 24 ans.

Depuis que le nouveau président américain a poussé en vain un projet de loi sur la santé qui aurait restreint l'accès aux traitements anti-opioïdes pour des milliers de gens, ce grand gaillard, conforme aux clichés sur l'Amérique profonde avec sa tenue de cowboy et ses crucifix, est rongé par le doute.

"C'est lui qui a lancé l'idée que nous avions une épidémie d'héroïne dans le pays. C'est ça qui m'a poussé à faire tout ce que j'ai fait, à faire autant de sacrifices pour le suivre (pendant sa campagne). C'est pour ça que sur ce sujet j'ai vraiment l'impression qu'on m'a laissé tomber".

Kraig Moss ne regrette rien pour autant. En sillonnant le pays pour Trump, "je sais que j'ai réussi à faire qu'au moins une personne, un jeune adulte a osé se lever à une soirée et a probablement dit: +Votre truc, c'est du poison, je vous laisse+. Je sais qu'il y a de jeunes adultes qui maintenant ont cette attitude grâce aux discussions que j'ai eues" pendant la campagne, dit-il.

Et quelle que soit sa déception, M. Moss n'a jamais envisagé de voter pour la candidate démocrate Hillary Clinton.

Retour à la réalité

Il est encore trop tôt pour savoir si les Républicains, qui se sont montrés très divisés sur le dossier de l'assurance santé, feront une nouvelle tentative pour remplacer "Obamacare".

Mais cet ancien ouvrier du bâtiment s'interroge désormais sur ce que Donald Trump, qui s'est posé comme l'homme d'affaires capable de défier l'establishment et de relancer l'Amérique, pourra vraiment faire depuis la Maison Blanche.

"Je pense qu'il a toujours du potentiel. Il faut juste qu'il revienne à la réalité et qu'il se souvienne des petites gens qui l'ont fait élire", dit-il.

"Je crains que les mêmes complications qui se sont présentées pour la loi santé ne se présentent aussi pour l'immigration, ou que les même complications ne viennent se mettre en travers de ses plans pour l'économie", dit-il.

En attendant, Kraig Moss, séparé depuis des années, se retrouve seul à pleurer la mort de son fils, dans sa maison quasi-vide, à l'exception du salon où s'entassent photos et tee-shirts à l'effigie de celui qui "lui manque tellement", trois ans après sa mort.

Grâce à la notoriété qu'il a acquise pendant la campagne, des contributions sont venues de tout le pays pour l'aider à payer un monument funéraire, mais il n'arrive pas à s'y résoudre.

"C'est injuste pour le président Trump, car je l'ai utilisé pour maintenir mon fils en vie (..)", dit-il la voix étranglée. "Je le maintenais en vie en suivant (la campagne), je lui parlais, je lui disais, +on va en Floride+".

"Je ne m'en rendais pas compte jusqu'à ce que ces gens proposent de payer pour le monument. Mais ce serait comme mettre un point final et ça, je ne sais pas si j'y suis prêt".