Enfin des images d'Ingrid Betancourt

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Monde

"Elle est vivante!", affirme le gouvernement colombien, preuve à l'appui

La preuve en vidéo

BOGOTA Le gouvernement colombien a rendu publiques vendredi des images d'une vidéo d'Ingrid Betancourt qu'il dit avoir obtenu lors de la capture trois guérilleros des FARC et qui daterait de fin octobre.

Une vidéo qui a été retransmise sans la bande sonore par les télévisions colombiennes, montre Ingrid Betancourt dans un état d'extrême maigreur, les mains croisées et enchaînées, la tête baissée et apparemment très lasse.
L'otage franco-colombienne, vêtue d'un pantalon et d'une chemise bleue, reste silencieuse. Elle a de très longs cheveux noués sur l'épaule. Enlevée le 23 février 2002 par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc - marxistes), elle semble se trouver dans la jungle, dans une région très chaude.

Le haut commissaire colombien pour la paix Luis Carlos Restrepo qui a annoncé depuis la présidence l'existence de ces preuves de vie, a également mentionné une lettre d'Ingrid Betancourt adressée à sa mère Yolanda Pulecio.
Il s'agit de la première preuve de vie de la Franco-Colombienne détenue depuis une vidéo d'août 2003.
Paris a immédiatement réagi, estimant que les preuves de vie d'Ingrid Betancourt constituaient une "grande nouvelle", dans une déclaration du porte-parole de la présidence.

Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner s'est "réjoui" vendredi des preuves de vie. "Il est aujourd'hui plus que jamais nécéssaire d'intensifier les efforts en vue d'une solution humanitaire permettant la libération de tous les otages" détenus en Colombie, a ajouté M. Kouchner.

De même la famille n'a pas caché son émotion. La mère d'Ingrid Betancourt, Yolanda Pulecio et sa soeur Astrid Betancourt, ont déclaré être "très émues" après avoir vu ces images. "C'est une image triste de ma soeur, mais elle est vivante", a ajouté Astrid Betancourt.

La soeur de l'otage a salué l'action du président vénézuélien Hugo Chavez, qui avait été chargé d'une médiation dans ce dossier avant que celle-ci ne lui soit retirée par son homologue colombien Alvaro Uribe.
Le fait que les images datent de la fin octobre "prouve bien que les Farc étaient en train de réunir ces preuves et de les acheminer pour les donner au président Chavez", a assuré la soeur d'Ingrid Betancourt. C'est la preuve, selon elle, que la médiation du président Chavez "a été efficace".

Le fils d'Ingrid Betancourt, Lorenzo, s'est dit "heureux". "J'attends de voir la vidéo car je sais qu'elle n'a pas l'air en très bonne santé", a-t-il dit à l'AFP. Le comité de soutien à Paris d'Ingrid Betancourt a fait part vendredi de son "soulagement", mais a souligné son "inquiétude" et "l'urgence" de sa libération. Les images diffusées par le gouvernement colombien démontrent également que 15 autres otages des FARC, dont trois Américains, sont en vie.

Des otages en meilleure santé

Les trois collaborateurs du Département d'Etat américain pris en otages paraissent en meilleure santé et on peut les voir tenir de longs discours. Ces images d'Ingrid Betancourt et des otages américains ont été prises le 24 octobre, a affirmé M. Restrepo, sans préciser quels éléments permettaient de confirmer cette date.
Le haut commissaire colombien a assuré que les Américains adressaient dans leurs vidéos des messages à leurs familles. Il y a également, a précisé M. Restrepo, une lettre de l'un d'eux, Marc Gonsalves, adressée à l'un des chefs des FARC, "Mono Jojoy".

Marc Gonsalves, Thomas Howe et Keith Stannsen, collaborateurs du département d'Etat, ont été capturés en février 2003 après que les Farc eurent abattu l'avion à bord duquel ils effectuaient une mission anti-drogue. Leur dernière preuve de vie était une vidéo de septembre 2003.
"Lors d' une opération militaire de l'armée colombienne contre les bases urbaines des Farc à Bogota, trois personnes qui étaient en possession des preuves de vie d'un groupe d'otages des Farc ont été capturées", a raconté le haut commisaire.

Des photos d'otages ont également été découvertes par la police avec les vidéos lors de l'arrestation des trois rebelles, a précisé M. Restrepo, indiquant qu'il était difficile de dater certaines d'entre elles qui pourraient avoir été prises il y a plus d'un an. L'armée, a-t-il dit, détient aussi des preuves de vie de policiers, d'hommes politiques et de militaires colombiens détenus par les Farc.

Selon toute vraisemblance, les trois guérilleros capturés désiraient remettre ces preuves de vie à la sénatrice Piedad Cordoba dont la médiation a été brusquement interrompue la semaine dernière en même temps que celle du président du Venezuela Hugo Chavez par son homologue colombien Alvaro Uribe. Selon les services de renseignements colombiens, les guérilleros des Farc avaient l'intention de remettre des preuves de vie de certains des 45 otages qu'ils détiennent pour les échanger contre 500 des leurs emprisonnés avant le référendum de dimanche au Venezuela.

M. Restrepo a annoncé que des copies des enregistrements seraient envoyées aux gouvernements français et américain.