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Le président turc Recep Tayyip Erdogan a étrillé mardi les quelque 300 personnalités françaises qui ont signé le mois dernier un retentissant manifeste "contre le nouvel antisémitisme" appelant notamment à rendre caducs des passages du Coran. 

"Nous voyons cela comme l'expression de leur ignorance", a lâché le président turc lors d'un discours à Ankara. "Il n'y a aucune différence entre vous et Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique)", a-t-il ajouté. Dans le manifeste publié le 22 avril dans le journal Le Parisien, 300 signataires, dont l'ex-président Nicolas Sarkozy et trois anciens chefs de gouvernement, dénoncent un "nouvel antisémitisme" en France marqué selon eux par la "radicalisation islamiste". Ils réclament notamment que "les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques (...)".

"Qui êtes-vous pour utiliser pareil langage ?", a tonné M. Erdogan, qualifiant le manifeste d'"ignoble". "Je me pose la question : les signataires de ce manifeste ont-ils lu leurs propres textes (sacrés) ?", a lancé M. Erdogan. "Si c'était le cas, ils voudraient sans doute interdire le Nouveau Testament".

Le manifeste était passé relativement inaperçu en Turquie depuis sa publication il y a plus de deux semaines, jusqu'à ce que les dirigeants turcs, qui font campagne pour des élections anticipées le 24 juin, ne l'exhument au cours du week-end.

En se posant en champion du combat contre l'"islamophobie", un rôle qu'il affectionne, M. Erdogan entraîne la bataille électorale sur un terrain sur lequel il est plus à l'aise que l'opposition laïque du Parti républicain du peuple (CHP). Celui-ci a toutefois suivi le mouvement mardi par l'intermédiaire de son secrétaire général, Kemal Kiliçdaroglu. "Ce n'est pas le Saint Coran, mais vous qui êtes arriérés", a-t-il lancé aux signataires du manifeste.