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Des élus américains s’inquiètent d’un récent jugement qui autorise la distribution gratuite aux Etats-Unis d’un programme d’impression en 3D d’armes de poing en plastique, faciles à dissimuler et quasiment impossibles à contrôler.

Après des années de batailles devant les tribunaux, le gouvernement américain a finalement conclu un accord à l’amiable avec un militant texan du port d’armes, Cody Wilson, qui exigeait au nom du deuxième amendement de la Constitution américaine sur le droit à porter des armes de permettre la fabrication d’armes chez soi, sans le contrôle des autorités car elles ne portent pas de numéro de série, et pour une somme modique.

Un accord secret

Cet accord a été conclu le 29 juin entre le Département d’Etat, qui contrôle les exportations américaines d’armement, et le groupe Defense Distributed (DD) de M. Wilson, mais son existence est restée secrète jusqu’à ce que des groupes militant pour un renforcement de la réglementation des armes aux Etats-Unis exigent sa publication la semaine dernière.

L’accord à l’amiable autorise "tout résident des Etats-Unis […] à avoir accès, discuter, utiliser, reproduire ou bénéficier des informations techniques" mises à la disposition du public sur le site de Defense Distributed.

Il prévoit que M. Wilson recevra près de 40 000 dollars (34 000 euros) au titre de dommages et intérêts.

Le site de DD invite toute personne intéressée à télécharger le programme à partir du 1er août.

A condition de posséder une imprimante 3D dont le coût avoisine les 2 000 dollars (environ 1 700 euros), n’importe qui pourra donc, à partir de la semaine prochaine, se fabriquer une arme pour quelques centaines de dollars de plus avec un corps en plastique.

L’accord ne donne aucune justification à cette décision mais des programmes similaires ont été conçus dans d’autres pays, notamment en Chine, au Royaume-Uni ou encore au Japon.

Une filière parallèle incontrôlable

Qualifiant cet accord à l’amiable de "stupéfiant" et la décision de dédommager M. Wilson d’"inexplicable", cinq sénateurs démocrates ont exigé dans une lettre ouverte que le gouvernement justifie sa décision et leur fournisse des explications écrites.

"Cet accord permettra à ces manuels d’être postés en ligne pour une distribution illimitée à tous - y compris des criminels et des terroristes - aussi bien ici, aux Etats-Unis, qu’à l’étranger" , ajoutent les sénateurs.

"La décision de l’administration Trump ne fera qu’aggraver l’épidémie de violence armée aux Etats-Unis", ont renchéri jeudi quarante-deux élus démocrates de la Chambre des représentants, notant que ces armes "ne portent pas le numéro de série d’un constructeur et peuvent être fabriquées avec des matériaux en plastique qu’il sera impossible de détecter aux contrôles de sécurité".

"Nous ne devrions pas devoir attendre que quelqu’un tue une personne dans les bureaux de la Chambre des représentants après avoir franchi un contrôle de sécurité avec une arme en plastique imprimée en 3D pour faire quelque chose pour arrêter ceci", concluent les élus démocrates.

Une fusillade à la Nouvelle-Orléans

L’information a de quoi interpeller dans un pays où la législation sur les armes est déjà très permissive et où les fusillades de masse sont légion.

Samedi soir, trois personnes ont ainsi été tuées dans une fusillade à la Nouvelle-Orléans (Louisiane). Sept autres victimes ont été blessées lors des faits qui se sont déroulés devant un restaurant, indiquent les médias américains locaux.

Deux suspects ont pris la fuite, selon le commissaire de police. Les circonstances dans lesquelles se sont produits ces tirs n’étaient pas encore claires.