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"Quittez Facebook" (#deletefacebook"): mis en cause dans les révélations sur l'utilisation des données de millions d'utilisateurs à leur insu, le réseau social Facebook fait face à une campagne de désabonnements et à la chute de son titre en Bourse.

Son patron-fondateur Mark Zuckerberg a fini par sortir mercredi de son silence pour reconnaître des "erreurs" et promettre des améliorations quant à la protection des données personnelles, en particulier leur accès par des applications tierces, auxquelles on accède via son compte Facebook.

C'est une application de ce type qui est accusée d'avoir transmis des données confidentielles à la firme britannique Cambridge Analytica à l'insu des usagers.

"Il y a encore à faire, nous devons aller plus vite et le faire", a M. Zuckerberg, sur sa page personnelle, aux plus de 2 milliards d'utilisateurs du réseau social mais aussi aux actionnaires qui encaissent de lourdes pertes depuis plusieurs jours. Il s'est dit "responsable de ce qui se passe" sur le réseau.

Depuis lundi, Facebook a perdu des dizaines de milliards de dollars de valorisation boursière, la chute s'interrompant toutefois mercredi.

La colère contre Facebook, accusé d'avoir rendu possible l'utilisation par le cabinet britannique Cambridge Analytica des données personnelles de 50 millions d'utilisateurs, était toutefois manifeste.

Brian Acton, cofondateur de l'application de messagerie WhatsApp rachetée à prix d'or en 2014 par Facebook, a joint sa voix à celle de nombreux internautes et appelé à quitter le réseau social qui compte aujourd'hui plus de deux milliards d'utilisateurs.

"Il est temps. #deletefacebook", a écrit sur son compte Twitter M. Acton, qui travaille désormais pour Signal, une application de messagerie rivale de WhatsApp. "Effacer et oublier. Il est temps de se soucier de la vie privée", a-t-il ajouté.

Plusieurs sites internet proposent des astuces pour se désabonner, avertissant toutefois que le processus de désabonnement est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît.

Facebook propose aux utilisateurs une option "désactiver" son compte, qui permet de suspendre temporairement ce dernier. Le journal de l'utilisateur ne sera plus disponible mais certaines informations comme les messages envoyés resteront visibles.

Quant aux utilisateurs qui optent pour "supprimer", ils ne pourront plus réactiver leur compte. Les messages envoyés à des amis resteront accessibles. Les copies de certains éléments tels les historiques de connexion restent également dans la base de données de Facebook.

La suppression définitive du compte peut prendre jusqu'à 90 jours mais, durant cet intervalle, les informations ne sont plus accessibles. Si l'utilisateur se reconnecte, la demande de suppression est annulée, prévient Facebook.

Pluie de class-action

Les candidats au désabonnement se servant de Facebook pour se connecter sur d'autres applications ou d'autres sites peuvent par ailleurs connaître des problèmes au moment de s'identifier. Ils devront également penser à leur présence sur d'autres applications rattachées au réseau social comme Instagram, WhatsApp et Messenger.

Mercredi, il était difficile de savoir si les appels aux désabonnements étaient suivis et le nombre de personnes ayant effectivement quitté le réseau.

Pour Roger McNamee, un des investisseurs les plus réputés de la Silicon Valley et un des premiers actionnaires de Facebook, la crise actuelle a fait une victime importante: la confiance placée dans le réseau social par ses utilisateurs. Or, celle-ci est la clé du succès de la société.

"Le problème c'est le mépris insensé pour les droits des utilisateurs à la vie privée et une indifférence vis-à-vis du respect des données qu'ils ont confiées à Facebook", a déploré M. McNamee sur la radio américaine NPR.

"Je ne sais pas exactement ce qui se passe, mais j'ai bien peur qu'il y ait un problème systémique avec les algorithmes et que le modèle économique de Facebook permette à de mauvais acteurs de nuire à des utilisateurs innocents de Facebook", a regretté l'investisseur.

Des utilisateurs et des petits porteurs n'ont pas attendu et ont décidé de porter l'affaire devant des tribunaux pour demander à être dédommagés.

Des cabinets d'avocats américains ont annoncé mercredi avoir déposé des plaintes et recours en nom collectif ("class action") au nom de citoyens et d'actionnaires. Celles-ci doivent toutefois encore être acceptées par un juge pour être instruites.

Toujours sur le plan juridique, plusieurs enquêtes ont été ouvertes aux Etats-Unis par les régulateurs, dont la Commission fédérale du commerce (FTC) et les procureurs de New York et du Massachusetts.


Le patron de Facebook sort de son silence et admet des "erreurs"

Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, est sorti de son long silence mercredi pour reconnaître des "erreurs" après des jours de polémique autour de l'utilisation indue de données personnelles de millions d'utilisateurs du réseau social par la firme britannique Cambridge Analytica.

Facebook a "fait des erreurs", a reconnu le fondateur du réseau sur sa page Facebook.

Dans ses premiers commentaires sur cette affaire, il se dit "responsable de ce qui se passe" sur Facebook et promet de permettre aux usagers de mieux contrôler l'utilisation de leurs données personnelles collectées par son entreprise.

"Il y a encore à faire, nous devons aller plus vite et le faire", a-t-il écrit aux plus de 2 milliards d'usagers du réseau social mais aussi aux acgtionnaires qui encaissent de lourdes pertent depuis plusieurs jours.

"Nous avons la responsabilité de protéger vos données et si nous ne pouvons pas le faire, nous ne méritons pas de vous servir", a-t-il aussi écrit, ajoutant que le groupe allait examiner de près les applications présentes sur Facebook.

Les applications douteuses ou dont les développeurs refusent de se soumettre aux investigations du groupe seront bannies, affirme Mark Zuckerberg.

Les applications tierces auront désormais accès à moins de données, réduites à "votre nom, votre photo et votre adresse mail", promet-il.

Facebook est au coeur d'un scandale retentissant et est déjà visé par des enquêtes et des plaintes des deux côtés de l'Atlantique, après la révélation le week-end dernier que Cambridge Analytica (CA) avait utilisé des données personnelles de 50 millions d'utilisateurs du site --via une application de tests psychologiques mise au point en 2013 par le psychologue Alexandre Kogan-- pour les utiliser à des fins politiques.

Mark Zuckerberg a redit mercredi que M. Kogan avait assuré à Facebook en 2015 avoir effacé ces données mais que cela s'est ultérieurement révélé faux.

C'est "un coup porté à la confiance entre (M.) Kogan, Cambridge Analytica et Facebook" mais c'est "aussi un coup porté à la confiance entre Facebook et ceux qui partagent leurs données avec nous (...). Nous devons réparer cela", dit encore M. Zuckerberg, qui confirme également que l'application avait été téléchargée par "environ 300.000 personnes qui ont partagé leurs données ainsi que certaines des données de leurs amis".

"Compte tenu de la façon dont notre plateforme fonctionnait alors, cela signifie que (M.) Kogan a pu accéder à des dizaines de millions de données des amis", a-t-il aussi confirmé, ajoutant que Facebook avait modifié sa plateforme en 2014 de façon "à limiter énormément les données auxquelles pouvaient accéder les applications" tierces, auxquelles l'usager accède via son compte Facebook.

Dès lors, de telles applications "ne pouvaient plus demander les données des amis sauf si ceux-ci avaient eux aussi téléchargé l'application", assure le milliardaire.

M. Zuckerberg confirme également que le groupe avait appris en 2015, par un journaliste britannique, que M. Kogan avait partagé les données avec Cambridge Analytica, spécialisée dans l'analyse de données et la communication stratégique, qui a travaillé pour la campagne du républicain Donald Trump, élu président des Etats-Unis fin 2016. CA a nié avoir utilisé ce type de données dans ce cadre même si des déclarations de son patron recueillies par une caméra cachée semblent indiquer le contraire.

Max Schrems, un militant autrichien pour la protection des données, a affirmé que Facebook était au courant dès 2011 des problèmes liés aux applications tierces.

Les données personnelles constituent le coeur du modèle économique de Facebook, car elles permettent de cibler les publicités et autres démarchages, qu'elles soient commerciales ou politiques. Facebook se débat dans des polémiques à répétition, renforcées ces derniers mois, autour de son rôle dans la diffusion de la désinformation ou sa façon de gérer les données personnelles.