Monde Le mouvement islamiste palestinien renvoit la balle dans le camp des Israéliens pour toute relance du processus de paix

MOSCOU Le mouvement islamiste palestinien Hamas a terminé dimanche une visite sans précédent à Moscou en renvoyant la balle dans le camp des Israéliens pour toute relance du processus de paix, tandis qu’Al-Qaïda l’exhortait à poursuivre la «lutte armée ».

«Si les Israéliens sont prêts à reconnaître les droits des Palestiniens et un Etat palestinien complètement indépendant, dans ce cas, nous serons prêts à annoncer notre position concernant Israël », a déclaré un membre de la délégation reçue à Moscou, Mohammed Nazzal, à l’AFP.

«Nous ne disons pas non à tout. Nous savons que nous sommes dans une nouvelle phase et que le Hamas doit changer (mais) si vous voulez que le Hamas change de politique, vous devez aussi demander aux Israéliens de changer la leur », a-t-il déclaré.

Le Hamas, qui effectuait sa première grande sortie internationale depuis sa victoire aux législatives palestiniennes de janvier, a ainsi opposé une fin de non recevoir aux exigences du Quartette (Etats-Unis, Russie, UE, Onu), réaffirmées par Moscou lors de la visite.

Israël a une nouvelle fois exprimé son mécontentement au sujet de cette invitation, estimant qu’elle ne ferait qu’encourager le mouvement palestinien à rester sur ses positions.

«C’était une erreur de rencontrer les dirigeants du Hamas avant que cette organisation s’engage à accepter les trois principes approuvés par le Quartette, dont la Russie est membre », a déclaré le Premier ministre israélien par intérim Ehud Olmert au président Poutine qui l’a appelé dimanche pour l’informer des entretiens.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a appelé vendredi le Hamas à respecter les accords signés - notamment ceux d’Oslo en 1993 - entre Israéliens et Palestiniens et à reconnaître le droit à l’existence d’Israël.

Le leader du Hamas Mohamed Mechaal, qui conduisait la délégation, a réitéré peu après lors d’une conférence de presse qu’Israël devait d’abord se retirer de «tous les territoires occupés depuis 1967 », «permettre le retour des réfugiés » et «libérer tous les prisonniers ».

MM. Mechaal et Nazzal n’ont toutefois pas exclu publiquement toute reconnaissance du droit à l’existence d’Israël, alors que des membres de la délégation s’étaient exprimés en ce sens auprès des médias. «Ce ne sont que des informations de presse », a commenté M.
Nazzal.

Dans une vidéo diffusée samedi par Al-Jazira, le numéro deux du réseau terroriste Al-Qaïda, Ayman Zawahiri, a appelé de son côté le Hamas à «poursuivre la lutte armée » et à ne pas accepter «les accords de capitulation » signés entre l’Autorité palestinienne et Israël.

Un appel accueilli avec la plus grande réserve par la délégation du Hamas. «C’est son opinion, il y a droit. Nous sommes neutres », a répondu M. Nazzal.

Après des entretiens avec M. Lavrov, au parlement russe et avec les Muftis, la délégation a été reçue dimanche par le patriarche orthodoxe de Russie Alexis II et devait rencontrer des ambassadeurs du monde arabe.

Le mouvement radical, qui reste très isolé sur la scène mondiale, s’est félicité de sa visite à Moscou, estimant qu’elle lui avait donné un début de légitimité internationale.

«Cette visite est un succès, elle constitue un tournant (...) elle encouragera beaucoup de pays à prendre contact avec le Hamas et à l’inviter », a estimé M. Nazzal.

Le président russe Vladimir Poutine, qui avait pris de court la communauté internationale et déclenché l’ire d’Israël en annonçant cette visite, a multiplié les contacts ces derniers jours afin de poursuivre la dynamique ainsi engagée.

Outre M. Olmert, il a rendu compte de la visite du Hamas à ses homologues américain George W. Bush, et français Jacques Chirac, à la chancelière allemande Angela Merkel et au président du conseil italien Silvio Berlusconi. Il a téléphoné au président égyptien Hosni Moukarak et devrait se rendre vendredi en Algérie.

La Russie, dont l’influence au Moyen-Orient avait été éclipsée par l’effondrement de l’URSS, entend aussi ainsi retrouver toute sa place dans la région et dans le processus de paix.