France : La controverse enfle autour du mariage homosexuel

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Monde

Des élus locaux se sont dits prêts à "refuser d'unir deux personnes de même sexe" dans leur commune

PARIS Le projet de loi autorisant le mariage homosexuel suscite une opposition croissante en France au-delà de la seule sphère catholique, certains élus locaux annonçant leur refus de célébrer des unions homosexuelles.

Confirmant une promesse électorale du président socialiste François Hollande, le texte a été récemment dévoilé dans ses grandes lignes par la ministre de la Justice, Christiane Taubira. Il prévoit d'étendre aux personnes de même sexe les dispositions actuelles du mariage et le droit à l'adoption.

Depuis une semaine, de nombreux députés de droite ont réagi défavorablement au projet qui doit être présenté le 24 octobre en Conseil des ministres et soumis au Parlement en 2013, arguant qu'il relève d'une "question de société" méritant un référendum.

Des élus locaux se sont dits prêts à "refuser d'unir deux personnes de même sexe" dans leur commune, ce qui leur a immédiatement valu les félicitations de l'Institut Civitas, proche de l'extrême droite catholique intégriste.

Contrairement aux intégristes, les élus corses, comme la très grande majorité de l'Episcopat français, se défendent toutefois de toute homophobie.

"Que des gens de même sexe s'aiment, ça ne me dérange pas", a ainsi déclaré le nationaliste modéré Jean Biancucci, maire de Cuttoli-Corticchiato, une commune d'un millier de personnes en Corse-du-Sud. "Mais à partir du moment où l'on veut entrer dans des actes d'état civil, je suis heurté", a-t-il confié.

L'effervescence religieuse a, quant à elle, atteint un sommet vendredi, lorsque le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon (centre-est), a déclaré que le mariage homosexuel ouvrirait la voie à la polygamie et à l'inceste.

"C'est une rupture de société", a estimé le cardinal. "Après ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l'interdiction de l'inceste tombera".

Des propos à l'emporte-pièce qui ont suscité émotion et incompréhension à gauche, le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë accusant le cardinal d'avoir "pété les plombs".

Mardi, le cardinal Barbarin a tenté d'apaiser la polémique affirmant que ses propos avaient été "mal reflétés", tout en définissant le mariage, "union d'un homme et d'une femme", comme "le socle majeur, fondamental, de toutes les civilisations, les cultures, les religions".

Officiellement, l'Eglise n'a "pas achevé" sa "réflexion de fond" sur le sujet.

Le président de la Conférence des Evêques, le Cardinal archevêque de Paris André Vingt-Trois, comme le pasteur Claude Baty, président de la Fédération Protestante de France, devaient s'entretenir mardi avec Christiane Taubira et la ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti.

La semaine dernière, Mgr Vingt-Trois avait affirmé qu'il espérait pouvoir infléchir le contenu du projet de loi.

De son côté, le président du Consistoire central israélite, Joël Mergui, a rappelé que "le judaïsme ne reconnaît évidemment pas le mariage homosexuel".

Selon une enquête de l'institut Ifop, rendue publique mi-août, 65% des Français sont favorables au mariage homosexuel et 53% favorables à l'adoption d'enfants par les couples homosexuels.

Pour le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, l'opinion française est "mûre et favorable" à cette "évolution majeure pour la société".

© La Dernière Heure 2012

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