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Le secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, a appelé samedi tous les Etats membres à faire preuve de retenue et à s'abstenir de tout acte qui pourrait conduire à une escalade après les frappes occidentales contre la Syrie. "J'appelle tous les Etats membres à faire preuve de retenue dans ces circonstances dangereuses et à éviter tous les actes qui pourraient entraîner une escalade de la situation et aggraver les souffrances du peuple syrien", a déclaré dans un communiqué M. Guterres.

Le secrétaire général a reporté un voyage prévu en Arabie saoudite pour gérer les suites de l'opération militaire lancée par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France et qui visait principalement les capacités militaires chimiques dont dispose selon eux le pouvoir syrien.

"Toute utilisation d'armes chimiques est horrible", a déclaré M. Guterres.

Il a par ailleurs souligné l'importance d'agir en conformité avec la charte de l'Onu et le droit international.

L'intervention militaire occidentale contre la Syrie n'a pas été autorisée par le Conseil de sécurité de l'Onu.

M. Guterres a appelé les membres du Conseil de sécurité à se mettre d'accord sur l'ouverture d'une enquête qui établirait l'identité des auteurs d'attaques chimiques en Syrie.

Les frappes aériennes ont été lancées une semaine après l'annonce d'une attaque chimique présumée commise selon les Occidentaux par les forces gouvernementales à Douma, près de Damas.

L'Otan "soutient" les frappes occidentales contre la Syrie

L'Otan apporte son "soutien" aux frappes ciblées menées par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni contre la Syrie, a indiqué son chef Jens Stoltenberg dans un communiqué publié samedi matin à Bruxelles. "Je soutiens les actions prises par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France contre les installations et capacités d'armes chimiques du régime syrien", a affirmé le secrétaire-général de l'Alliance atlantique.

"Elles vont réduire la capacité du régime à mener d'autres attaques contre le peuple de Syrie avec des armes chimiques", a-t-il ajouté.

Les forces occidentales ont visé tôt samedi matin trois cibles liées au programme d'armement chimique syrien, l'une près de Damas et les deux autres dans la région de Homs, dans le centre de la Syrie, selon le général Joe Dunford, chef d'état-major américain.

"L'Otan a constamment condamné le recours continu de la Syrie à des armes chimiques comme une violation claire des normes et accords internationaux", rappelle le chef de l'Otan, en estimant que "les responsables doivent en rendre compte".

L'Alliance considère également que "l'utilisation d'armes chimiques représente une menace à la paix et la sécurité internationales et estime qu'il est essentiel de protéger la Convention sur l'interdiction des armes chimiques. Cela appelle une réponse collective et efficace de la part de la communauté internationale".

L'Otan n'est pas impliquée directement dans les opérations de la coalition internationale en Syrie.

L'Iran met en garde contre "les conséquences régionales"

L'Iran, principal allié régional de Damas, a mis en garde samedi contre les "conséquences régionales" des frappes ciblées menées par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni contre la Syrie tout en les condamnant "fermement". "Les Etats-Unis et leurs alliés, sans aucune preuve et avant même une prise de position de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) ont mené cette action militaire (...) contre la Syrie et sont responsables des conséquences régionales de cette action aventuriste", a affirmé le ministère iranien des Affaires étrangères, selon le site Telegram de son porte-parole Bahram Ghassemi.

"Cette agression vise à compenser l'échec des terroristes" dans la Ghouta orientale, qui vient d'être reprise par l'armée syrienne et ses alliés, ajoute le texte qui dénonce une "violation claire des règles et des lois internationales".

L'Iran envoie des "conseillers militaires" et des volontaires iraniens, afghans, pakistanais et irakiens en Syrie pour épauler l'armée syrienne contre les groupes djihadistes et rebelles.

Washington, Paris et Londres ont affirmé avoir visé des cibles liées au programme d'armement chimique syrien, une semaine après une attaque chimique présumée qui a fait selon des secouristes des dizaines de morts le 7 avril dans la ville rebelle de Douma, dans la Ghouta orientale.

Israël estime que les frappes en Syrie sont justifiées

Israël a justifié samedi les frappes américaines, françaises et britanniques en Syrie en affirmant que le régime de ce pays continue ses "actions meurtrières", a indiqué un responsable israélien. "L'an dernier, le président américain Donald Trump a fait savoir que l'utilisation d'armes chimiques reviendrait à violer une ligne rouge. Cette nuit, sous la direction américaine, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont agi en conséquence. La Syrie continue ses actions meurtrières", a ajouté le responsable israélien, qui a requis l'anonymat.

"La Syrie sert également de base pour mener ce genre d'actions, notamment de la part de l'Iran, qui mettent en danger son territoire, ses forces et sa direction", a ajouté ce responsable.

Selon la radio publique israélienne, l'Etat hébreu a été informé à l'avance des attaques menées par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne en Syrie.

Israël a condamné lundi dernier l'attaque chimique présumée en Syrie accusant le régime syrien d'avoir commis "un crime contre l'humanité" et de se doter de nouvelles capacités de production de ce type d'arme.

Une attaque chimique présumée à Douma, bastion rebelle proche de Damas, a fait samedi dernier plus de 40 morts selon les Casques blancs, un groupe de secouristes en zone rebelle, et l'ONG médicale Syrian American Medical Society (SAMS). Ces affirmations n'ont pas pu être vérifiées de source indépendante.

Une extrême tension règne également entre Israël et l'Iran sur le front syrien.

Lundi, une base aérienne en Syrie a été la cible d'un raid que le régime de Bachar al-Assad ainsi que ses alliés russe et iranien ont attribué à Israël et dans lequel au moins 14 combattants, dont 7 Iraniens, ont été tués.

Le lendemain, l'Iran a promis une riposte.

Les responsables israéliens se sont toutefois refusé à confirmer leur responsabilité dans cette opération tout en multipliant les mises en garde à Téhéran.

Israël et la Syrie sont officiellement en état de guerre. Les relations sont d'autant plus tendues que trois ennemis d'Israël opèrent sur le théâtre syrien: le régime lui-même, l'Iran et le Hezbollah libanais.

Amnesty International demande de "minimiser le tort" causé aux civils en Syrie

L'organisation Amnesty International a demandé samedi de "minimiser le tort" causé aux civils dans les frappes aériennes menées en Syrie par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni contre le régime de Bachar al-Assad. "Le peuple syrien a déjà enduré six années d'un conflit dévastateur, et des attaques chimiques dont beaucoup sont des crimes de guerre", déplore l'ONG dans un communiqué. "Toutes les précautions doivent être prises pour minimiser le tort causé aux civils dans les actions militaires" menées en représailles à l'usage présumé d'armes chimiques par Damas contre sa population, a-t-elle exigé.

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont lancé samedi une séries de frappes aériennes coordonnées contre des installations militaires du régime syrien. Ces interventions constituent des représailles à l'usage d'armes chimiques dans la ville rebelle de Douma le samedi 7 avril, qui a fait "jusqu'à 75 morts" selon le gouvernement britannique. Les trois pays tiennent le régime de Bachar al-Assad responsable de cette attaque chimique.

L'ONG demande également au président américain, Donald Trump, d'ouvrir ses frontières aux réfugiés syriens.

"L'administration Trump ne doit pas tourner le dos à ces hommes, femmes et enfants qui souffrent en maintenant l'interdiction faite aux réfugiés d'entrer aux États-Unis", soutient Raed Jarrar, le directeur du plaidoyer pour le Moyen-Orient. "Il est temps que les États-Unis ouvrent leurs portes aux populations qui fuient les violences en Syrie", estime-t-il.

Depuis son arrivée au pouvoir, le président américain a multiplié les tentatives d'imposer un décret anti-immigration à l'encontre de plusieurs pays dont la population est en majorité musulmane. La Syrie fait partie des pays visés. Ces décrets ont été suspendus par la justice à plusieurs reprises.

Les démocrates américains souhaitent un vote du Congrès

L'opposition démocrate au Congrès des Etats-Unis a réagi samedi à l'annonce des frappes contre la Syrie en soulignant que toute action militaire ultérieure d'envergure nécessiterait une vision stratégique précise - et un vote du Congrès. Le président Donald Trump a précisé que les "frappes de précision" pourraient se poursuivre "jusqu'à ce que le régime syrien arrête d'utiliser des agents chimiques interdits".

Mais la cheffe de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a appelé le président à présenter un plan détaillé devant le Congrès s'il veut étendre son action militaire.

"Une nuit de frappes aériennes ne peut se substituer à une stratégie cohérente", a commenté Mme Pelosi dans un communiqué.

Le président "doit venir devant le Congrès pour obtenir une nouvelle Autorisation d'employer la force militaire (AUMF), pour présenter un ensemble clair d'objectifs, et enfin faire en sorte que (le président russe Vladimir) Poutine ait à rendre des comptes pour le bain de sang qu'il a permis", a-t-elle ajouté.

Dans leurs opérations menées ces dernières années contre des groupes extrémistes, comme le groupe Etat islamique, y compris en Syrie, les forces armées américaines se sont appuyées sur une autorisation AUMF votée par le Congrès peu de temps après les attentats du 11 septembre 2001.

Tout en reconnaissant que l'attaque chimique présumée attribuée au régime de Damas était une "abomination", certains élus démocrates, comme le sénateur Tim Kaine, considèrent que les frappes lancées dans la nuit de vendredi à samedi sont illégales.

"La dernière chose que le Congrès devrait faire est de donner un chèque en blanc à ce président pour guerroyer contre n'importe qui, n'importe quand. Nous devons mettre des limites claires avant qu'il ne commence une autre guerre", a dit M. Kaine, qui fut candidat à la vice-présidence des Etats-Unis en 2016, en "ticket" avec Hillary Clinton.

"Aujourd'hui, c'est une frappe contre la Syrie - qu'est-ce qui l'empêchera ensuite de bombarder l'Iran ou la Corée du Nord?", a-t-il ajouté.

A l'inverse, des élus républicains se sont félicités de la décision d'engager des frappes.

Cette opération est "nécessaire" car il s'agit d'un "combat entre le bien et le mal, un combat entre les Etats-Unis et la face sombre de l'humanité", a ainsi estimé le sénateur Cory Gardner.

Mais des Républicains libertariens, comme le représentant Justin Amash, ont vivement critiqué la décision du président. Ces frappes sont "inconstitutionnelles, illégales et irresponsables", a jugé M. Amash.