Monde

Georges Frêche est décédé hier soir, d’un arrêt cardiaque. Une vraie gueule ne l’ouvrira plus.

BRUXELLES Grossier ? Peut-être. Bourru ? Probablement. Entier, franc et polémiqueur ? Acquis.

Il était tout ça, Georges Frêche, le président (baron !) du Conseil régional de Languedoc-Roussillon. Un peu à la Charles Pasqua, il fait partie de cette classe politique old-school , fort en gueule et dont la force des idées passe avant la maîtrise des techniques de com’ , avec lesquelles jongle aisément la jeune garde du gouvernement hexagonal, Rama Yade en pole .

Cynique, autocrate, gueulard mais toujours franc, Georges Frêche n’en restait pas moins un homme brillant et un orateur redoutable, capable d’adoucir son propos en fonction de son audience, et de lui offrir le juste mot, fort, qu’elle demandait pour s’embraser. Brutal mais conscient, Frêche était incontestablement l’un des grands maires de France. Se donner les moyens de figurer au centre de l’échiquier était un art qu’il maîtrisait à la perfection. Tant pis s’il fallait balayer, d’une sentence définitive, ceux qui se trouvaient sur sa route. On se souvient encore du “Fabius a une tronche pas catholique”, lâché en janvier. ”J’espère qu’il sera meilleur que l’autre abruti” ? Voilà comment Frêche accueillait Benoît XVI en 2005. Quant au “mamamouchi aux talons compensés” ? Sarkozy, pardi. Et des exemples comme ceux-là, on en tient par pelletées...

Si l’on écrit était, c’est parce que Frêche est décédé dimanche soir, à l’âge de 72 ans, d’un arrêt cardiaque. Il laisse derrière lui une femme, et cinq filles.

Banni du Parti socialiste en 2007 pour ses nombreux dérapages (contrôlés ?) verbaux, l’infréquentable avait été réélu, les doigts dans le nez ou presque (54,19 % des suffrages), lors des dernières élections de mars 2010, face à la maire de Montpellier, Hélène Mandroux, candidate officielle de la rue de Solférino.

Né en 1938 dans le Tarn, fils d’un officier et d’une directrice d’école, Georges Frêche aura été, en tout, près de trente ans maire de Montpellier (de 1977 à 2004) avant de passer la main pour se consacrer à la présidence de la région et à celle de l’agglomération de Montpellier. C’est lui qui fit de Montpellier la huitième ville de France.

Comme une signature , on notera son ultime provocation, en août dernier : la statue de Lénine sur la place “des grands hommes du XXe siècle” à Montpellier, aux côtés de De Gaulle, Churchill, Roosevelt et Jaurès. Frêche avait fait la Une, pour la dernière fois. Ça lui avait, probablement, beaucoup plu. Il la fera encore ce matin. Mais là, ça n’amuse personne.



© La Dernière Heure 2010