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François Hollande a été interviewé par la rédaction du quotidien “Libération”. “La Libre Belgique” en publie aujourd’hui de larges extraits


PARIS Que dites-vous à ceux qui hésitent à voter pour vous pour leur montrer que vous avez des convictions de gauche ?

Qu’est-ce qui m’anime ? L’égalité et la justice partout ; elle a été tellement malmenée, dans l’éducation, dans la formation, dans l’insertion, dans l’emploi. Ma volonté est de réduire un certain nombre de privilèges qui se sont installés, privilège de la fortune, privilège de la naissance, privilège des réseaux. Nous sommes dans une société où il y a eu un renforcement considérable des écarts. Une espèce de nouvelle aristocratie s’est installée. Je veux non pas l’éradiquer mais je veux que l’on retrouve de la confiance, de la fierté.

Sur les valeurs républicaines, il y a eu tellement de manquements, de régressions, que je veux redonner de l’exemplarité à l’action de l’Etat. Le rôle de la gauche n’est pas simplement de vouloir faire à un moment une grande colère. C’est être capable de donner à une génération, celle qui arrive, une place, un rôle, une responsabilité. C’est ma démarche. Une élection présidentielle n’est pas un moment de relâchements, d’exaspération ou même de dialogue, c’est un moment où nous devons transformer.


Le premier tour est-il décisif à vos yeux ?

On a bien vu ce que voulait le candidat sortant : arriver en tête, un écart le plus grand, une gauche dispersée, vous avez vu les compliments qu’il fait à Jean-Luc Mélenchon qui n’y est pour rien d’ailleurs. "Quel talent !" Vraiment, c’est formidable cette gauche-là. Ce n’est pas le Front de gauche qui est en cause mais la manœuvre, que l’on connaît parfaitement ! Après, au second tour, en disant "vous vous rendez compte, vous n’allez pas confier le pouvoir à un socialiste qui va être l’otage (l’otage, c’est le mot utilisé) de l’extrême gauche et avec des positions qui nous mettraient forcément en contradiction avec les autres pays européens et les marchés". Chacun sait maintenant exactement ce qu’il a à faire. J’appelle effectivement à ce que le score au premier tour soit le plus élevé possible.


Votre manque d’expérience gouvernementale est-elle un handicap ?

Je n’ai pas un manque d’expérience. J’ai une expérience qui est celle d’avoir été parlementaire depuis longtemps, chef de parti pendant 10 ans, associé aux décisions du pays. Je ne laisserai personne laisser penser que choisir un candidat qui n’a pas été membre d’un gouvernement - j’en avais moi-même pris la décision lorsque j’étais premier secrétaire - serait un risque. Le risque, c’est de continuer avec celui qui a une mauvaise expérience et qui va jusqu’à dire qu’il sera un président différent. Quand je regarde ce qu’est la vie démocratique dans tous les autres pays, nul ne pose cette question du défaut d’expérience pour celui ou celle qui se présente aux suffrages. La seule expérience qui compte, c’est sa capacité politique.


En cas d’échec, comment voyez-vous votre avenir?

Mon sort personnel est tout à fait secondaire. Je veux dire par là que, bien sûr, je fais tout depuis plusieurs mois, plusieurs années même, pour devenir le prochain président de la République. Je ne le fais pas par une espèce de prétention ou d’obsession. Je n’ai pas conçu cela dans le ventre de ma mère en me disant : "Ça y est, c’est ton destin." Cela s’est construit en fonction d’une volonté, la mienne, de m’engager dans la vie politique très tôt, puis de saisir toutes les responsabilités que je pouvais éventuellement conquérir, les mandats politiques, ou obtenir par le suffrage militant, ou par le choix en l’occurrence de Lionel Jospin de me confier la direction du Parti.

Il y a un moment où je me suis dit "Je peux être utile", un sentiment que je correspondais à la période. J’avais évoqué le "candidat normal" et beaucoup s’étaient gaussés. Je les avais laissés faire. Je pense que les Français voulaient avoir un président qui, non pas leur ressemble, mais qui soit capable de donner une autre relation avec le pays, une relation de confiance, de respect, de considération. Le mot clé, c’est la considération. Il y a un moment, ce qui compte, c’est la Nation plus que simplement l’égotisme.

On a tellement souffert de cette dérive personnelle, tellement été même gênés par cette espèce d’exhibition permanente, de dévoilement. Vous en connaissez suffisamment sur moi-même, sur ma vie, sur mes sentiments, sur mes choix. Je ne vous demande pas de m’épouser.

Retrouvez une plus large partie de cet entretien dans "La Libre Belgique" de ce vendredi.

© La Dernière Heure 2012