Hollande vs Sarkozy : moments marquants et vrais échanges du faux débat

Dorian de Meeûs Publié le - Mis à jour le

Monde

Les deux finalistes de la présidentielle française se sont affrontés (indirectement) sur France 2 ce jeudi


PARIS Dès le début de l’émission, François Hollande rassure la gauche : « Je suis confiant. J’ai su rassembler les Français… mais rien n’est joué ! Cela dit, je sens que quelque chose se passe.»

David Pujadas : Vous refusez l’organisation de plusieurs débats, vous les redoutez ?

François Hollande botte en touche: « Il y aura un débat, et ce débat va durer 2h30.», avant de rappeler que la tradition veut qu’il y ait un seul débat. « En général, celui qui demande plusieurs débats, c’est celui qui n’est pas dans la meilleure position. » Il ajoutera plus tard : « Je souhaite que ce soit un débat digne et qui aille au bout des choses. Je ne me laisserai pas entraîner au pugilat. »

D. P. : Vous évitez certaines questions, comme celle-ci : Selon votre conviction profonde, y a-t-il trop d’immigrés en France ?

F. H. : « Je ne suis pas un commentateur de la vie publique, je suis le prochain président de la République si les Français en décident. Je n’expulse pas les étrangers en situation régulière. C’est le droit. Je n’ai pas à avoir d’opinion ou de conviction là-dessus. En revanche, ceux qui sont en situation irrégulière, qui n'ont pas à être sur notre territoire, seront reconduits à la frontière. »

Aux critiques sur sa proposition de taxation à 75% des très hauts salaires, qui ne plaît pas aux footballeurs, et qui pourraient se réfugier fiscalement en Belgique ou au Luxembourg, le candidat socialiste rétorque ceci: "Pour les joueurs de football et les artistes, il y a déjà des migrations. Ces joueurs peuvent lisser leur revenu. Mais je leur dis ‘vous nous donnez des spectacles formidables mais vous vous rendez compte de la situation du pays’. Et puis, vous trouvez que le Luxembourg est un pays refuge pour le football? Et que le niveau du football belge est bon? Regardez les résultats ! » Nos joueurs apprécieront…

Quand au succès du FN et à la tentative des uns et des autres de séduire ses électeurs du premier tour : « Je ne suis pas dans une course folle qui renvoi encore davantage d’électeurs vers le Front National. Le FN est autorisé à se présenter. Est-ce que son fonctionnement est démocratique ? C'est un parti qui conteste certaines valeurs de la République." De son côté, Nicolas Sarkozy répondra : « ces électeurs, je les respecte, je ne leur donne pas de leçon de morale", avant de cibler la "gauche bien-pensante ». Concernant les législatives à venir: "Les candidats de l'UMP se maintiendront où ils le pourront au second tour. Pas d'accord avec le FN, point. Faudra pas non plus nous demander d'appeler à soutenir un candidat quel qu'il soit. Que fait-on si DSK est candidat? On verra au cas par cas si on appelle à soutenir, voter blanc ou s'abstenir."

"Vous n’avez trouvé que ça M. Pujadas ? Je vous ai connu plus perspicace !"

Dès son arrivée sur le plateau, Nicolas Sarkozy attaque son adversaire en disant regretter qu’il ait refusé de débattre avec lui alors qu’ils étaient ce jeudi dans les mêmes studios au même moment: "Deux ou trois débats auraient été utiles."

Très vite, il est invité à s’expliquer sur la dernière polémique de campagne. « Je condamne tout à fait clairement » les propos de Lionnel Luca (UMP) sur la compagne de son adversaire, renommée pour l’occasion « Valérie Rottweiller ». "Je n'aurais pas aimé que l'on fasse cela avec Carla, ce sont des paroles qui s'envolent mais ne resteront pas. Mais je regrette que M. Hollande n'ait pas condamné ses propres propos sur le "sale mec" ou ceux de ses amis qui m’ont traité de – selon leurs nuances – de Hitler, Pétain,… »

D.P. : Vous vous arrangez avec la vérité lors de cette campagne ? Vous avez dit avoir été à Fukushima. Vous dites ne jamais avoir parlé de « vrai » travail concernant le premier mai,… tout cela n’est pas vrai.

N. S. : J’ai été au Japon pour parler de Fukushima, où personne ne pouvait aller. Donc on n’a pas pu se rendre sur place. Quant à l’expression du vrai travail, n’était pas très heureuse. Avant d’ironiser : Vous n’avez trouvé que ça M. Pujadas ? Je vous ai connu plus perspicace ! »

En réaction aux chiffres du chômage qui ont fortement progressé suite aux crises boursières et financières qui ont marqué son mandat: « Le travail est central. Celui qui travaille doit toujours gagner plus que celui qui ne travaille pas. Faut-il modifier la durée de cotisations des chômeurs ? Non. » Puis, Sarkozy explique qu'il a évité à la France la situation de la Grèce et de l'Espagne. « Enfin, je ne prends pas mes ordres chez Monsieur Draghi" Le gouverneur de la banque centrale européenne avait soutenu mercredi l'instauration d'un nouveau traité pour la croissance en Europe, soutenant ainsi indirectement la proposition de modification du traité budgétaire de François Hollande. Il revient ensuite sur les promesses de son adversaire: "Enfin, qui va payer les propositions de M. Hollande ? Ce sont les Français ! »

A 10 jours du second tour, le candidat socialiste François Hollande recueille 54% d'intentions de vote à la présidentielle le 6 mai contre 46% au président sortant Nicolas Sarkozy, selon un sondage publié jeudi par l'institut CSA. Selon cette enquête d’opinion, François Hollande domine pour ce qui est d'être "le plus à l'écoute des gens" (64%) et "le plus rassembleur" (62%). L'avantage va à Nicolas Sarkozy pour celui des deux qui a "le plus d'autorité" (75%), "le plus d'esprit de décision" (63%), "le plus compétent" (53%), "le plus de sang-froid" (54%).

© La Dernière Heure 2012

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