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Le chiffre fait froid dans le dos. D’après l’organisation internationale du travail , près de 25 millions de personnes, soit l’équivalent de la population entière de l’Australie, sont victimes de traite humaine en tout genre. Et beaucoup de ces victimes, que ce soit d’exploitation sexuelle, de travail forcé ou de prélèvement d’organes, franchissent les frontières par les airs en compagnie de leurs bourreaux, si l’on en croit l’Iata, l’association internationale du transport aérien.

Interpellés l’année dernière par l’Onu sur le sujet, les compagnies aériennes ont décidé d’agir. « Nous transportons 4 milliards de passagers par an et facilitons 35% du commerce mondial en terme de valeurs », explique Tim Colehan, directeur adjoint de l'Iata pour les affaires extérieures. Hélas, nos avions sont aussi utilisés par les trafiquants ».

"Repérer les signes et comportements même les plus ténus"

Jusqu’ici seules quelques compagnies, comme Aeromexico, entrainaient leur personnel de bord à détecter ce type de trafic pour ensuite les dénoncer aux autorités. Mais il n'y avait aucune initiative au niveau de l'industrie dans son ensemble. Ces procédures vont désormais se généraliser aux 280 compagnies que compte l’Iata, comme l’a annoncé l’association lors de son assemblée générale qui se tenait à Sydney en Australie cette semaine. Les nouvelles directives comportent des points de repères pour identifier les cas suspects, les dénoncer discrètement aux autorités et gérer les victimes après l'atterrissage. "Les équipages sont dans une situation idéale car ils voyagent avec les passagers, souvent pendant de nombreuses heures, et sont en position de repérer les signes et comportements même les plus ténus", poursuit M. Colehan.

« Les hôtesses et stewards doivent désormais être considérés comme des yeux et des oreilles capables d’apporter des informations complémentaires aux autorités compétentes et de dénoncer tout comportement suspect », poursuit le directeur, tout en précisant que le but « n’est pas de repérer des migrants illégaux, mais bien des victimes qui sont forcées de faire quelque chose».

Une forte pression mise sur les compagnies pour qu'elles agissent

Même si les compagnies évoquent une « obligation morale » de mettre ce plan anti-trafic en marche , d’autres raisons ont joué, comme la pression croissante mise par les autorités, les passagers ou les investisseurs. « Il existe de plus en plus de preuves de liens entre le trafic humain et le financement d’organisations terroristes, développe M. Colehan. En 2016, L’organisation terroriste Etat islamique a ainsi reçu entre 10 et 30 millions de dollars via ce type de trafic ».

La traite des êtres humains générerait environ 32 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel et constituerait la troisième forme de trafic la plus répandue au monde, après le trafic de drogues et le trafic d'armes. Chaque année, 2,5 millions de personnes, essentiellement des femmes et des enfants, tomberaient sous l'emprise des trafiquants. Notons que le personnel de bord fait parfois de l’ excès de zèle dans l’exécution de cette nouvelle mission. Plusieurs pères de famille ont ainsi été récemment injustement accusés de traite humaine aux Etats-Unis alors qu’ils voyageaient en avion avec leur fille.