L'Allemagne fait pression sur la Grèce avant son vote crucial

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Monde

"L'Europe doit soutenir la Grèce et la Grèce respecter ses engagements"

ATHENES La chancelière allemande Angela Merkel a appelé samedi les Grecs à voter pour la discipline budgétaire, en clair la droite, à la veille de législatives cruciales pour l'avenir du pays dans l'euro.

Le pays a dû en outre se mobiliser pour lutter contre les premiers incendies qui se sont déclarés dans la grande banlieue balnéaire et de loisirs du sud et du nord d'Athènes. Trois incendies attisés par des vents violents y faisaient rage dans la soirée, menaçant des zones habitées, et trois pompiers ont été légèrement blessés.

Sur le front électoral, la flamme a été rallumée dans la soirée par Mme Merkel. Rompant avec sa neutralité affichée jusque là, elle a jugé "important" que les Grecs élisent dimanche une majorité respectant les engagements du pays en matière d'austérité.

Dans un pays polarisé, cela équivaut à soutenir la droite d'Antonis Samaras, qui se présente comme garante de l'ancrage du pays dans la zone euro face à la gauche radicale d'Alexis Tsipras, dressée contre l'austérité et les réformes imposées à la Grèce.

Selon les sondages, interdits de publication mais qui circulent sous le manteau, les deux sont au coude-à-coude, autour de 30%.
Une consigne similaire de vote donnée vendredi par l'édition allemande du Financial Times avait été rejetée par toute la classe politique grecque comme une ingérence.

Plus tôt dans la journée, les partenaires et prêteurs du pays avaient fait état de leur vigilance, mais dans le respect des formes.

Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international, avait ainsi jugé "important" de "renouer le dialogue (...) dès la semaine prochaine" avec Athènes. Elle avait mis en avant la nécessité de "remettre les compteurs à jour" après les semaines de vide politique ayant suivi le précédent scrutin du 6 mai qui n'avait permis de dégager aucune majorité.

Le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker avait pour sa part appelé les Grecs à "être conscients" de "l'effet dévastateur" qu'aurait une sortie de leur pays de l'euro et de l'UE.

"L'Europe doit soutenir la Grèce et la Grèce respecter ses engagements", pour "montrer au monde que l'euro est un projet irréversible", avait aussi plaidé le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, dont le pays est un autre maillon faible de la monnaie commune.

Le conservateur rigide qui mène la droite grecque et l'enfant terrible de la gauche partagent pourtant la volonté de renégocier les modalités de la cure de rigueur dictée par l'UE et le FMI en contrepartie du sauvetage financier du pays --340 milliards d'euros de prêts et 107 milliards de créances effacées--.
Mais à 61 ans, M. Samaras est le favori des chancelleries européennes pour sa volonté affichée de rester dans l'euro à tout prix.

Il s'est affirmé prêt à former un gouvernement "de salut national", avec le renfort souhaité des socialistes, attendus en troisième position, si comme prévu les électeurs ne donnaient à aucun parti la majorité absolue de 151 sièges au Parlement.

Sévèrement sanctionnée le 6 mai, son parti Nouvelle Démocratie (ND) est crédité d'avoir en partie récupéré ses électeurs déçus qui avaient succombé au vote populiste, voire aux sirènes du parti néonazi Aube Dorée.

Cette dernière formation, qui a fait irruption au Parlement le 6 mai avec 6,9% des voix, est toutefois créditée d'y garder des députés, en dépit de sa violence notoire.

Pour mener sa reconquête, M. Samaras a viré à droite toute, assimilant immigration à "invasion", et promis un retour à la croissance et l'emploi, via notamment un relâchement de la pression fiscale.

L'économie grecque est de fait au bord de l'asphyxie, plombée par une récession qui s'aggrave depuis 2008 et a fait s'envoler le chômage à 22,6% au premier trimestre.

En face, Alexis Tsipras, 37 ans, peine à expliquer comment il maintiendra le pays à flot et dans l'euro, tout en tournant le dos à l'orthodoxie financière au profit d'une politique de relance via la nationalisation et la redistribution des ressources.

Les menaces des partenaires et prêteurs ne laissent pas insensibles les Grecs, champions du soutien à l'euro. Mais ils n'en rejettent pas moins massivement une austérité perçue comme sans issue.

Même à l'étranger, de plus en plus de voix s'élèvent pour reconnaître que le rythme de l'assainissement budgétaire devra être ralenti. Quant aux partisans d'une éviction grecque de l'euro, ils n'ont pas encore convaincu de l'inocuité de cette option pour la stabilité de la monnaie unique et l'économie mondiale.

Reste qu'en cas de victoire, M. Tsipras aura manifestement du mal à convaincre les bailleurs de fonds de continuer à verser les 90 milliards d'euros qu'attend encore le pays d'ici à 2015, et dont le versement a été suspendu.

Mais si la gauche radicale devait être maintenue dans l'opposition, elle menace d'une guerre d'usure qui augure mal tant de la survie d'un éventuel attelage des conservateurs avec les socialistes, que de la tranquillité d'esprit des dirigeants européens.

© La Dernière Heure 2012

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