L'aviation alliée pilonne l'armée libyenne à Adjabiya

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Vendredi, profitant de l'appui aérien des aviations occidentales, les rebelles ont repris l'offensive


ADJABIYA Les chasseurs-bombardiers rugissent dans le ciel d'Adjabiya, où sont retranchés des soldats libyens fidèles au colonel Kadhafi, puis des colonnes de fumée, immenses, montent aux portes de la ville.

Vendredi, profitant de l'appui aérien des aviations occidentales, les rebelles ont repris l'offensive et pénétré dans ce gros bourg du désert de Libye. Triomphants, hilares, motivés, ils assurent que la chute d'Adjabiya n'est plus qu'une question d'heures.

"Peu après midi, dès que les avions ont bombardé, nous avons attaqué", assure à l'AFP un officier rebelle à l'une des entrées de la ville. En treillis, bien armé, ancien de l'armée régulière passé du côté des insurgés, il refuse de révéler son identité mais s'exprime avec l'autorité d'un officier d'active.

"Les choses se présentent bien. Adjabiya va tomber ce soir, ou demain matin", ajoute-t-il.

Une clameur monte de la petite troupe de combattants, rebelles civils et soldats en uniforme mêlés: un pick-up maculé de poussière ocre vient d'arriver. A l'arrière, deux cadavres de soldats à la peau noire, dont l'un tué d'une balle en pleine tête. Ils sont présentés comme "des mercenaires maliens ou tchadiens, envoyés par Kadhafi pour nous tuer".

Leur mort est saluée par des salves de kalachnikovs tirées en l'air et des cris "Dieu est le plus grand !"

Blouson de cuir et pantalon de camouflage, Mohamed Ehfayer assure être colonel dans les forces rebelles. "Nous sommes entrés dans la ville, nous avons coupé leurs lignes entre les portes Est et Ouest", dit-il. "Il ne leur reste à l'Est qu'une quinzaine de chars et une cinquantaine d'hommes. Ils n'ont pas d'autre choix que de se rendre".

Moussa (il ne donne que son prénom), jeune insurgé de Benghazi, ajoute: "Ils sont cuits. On les encercle. Ils ont enterré leurs chars, les avions les tapent sans cesse. Ils ne vont pas tenir".

Les mitrailleuses lourdes crépitent dans le lointain. Un nouveau passage de jets est bientôt suivi de deux énormes nuages de fumée noire, à cinq minutes d'intervalle.

Semblant, contrairement à d'autres endroits où ils sont rassemblés, répondre à des ordres et coordonner leurs mouvements, les hommes reforment une colonne et, mitrailleuses lourdes en tête, repartent en direction du centre-ville.

Fuyant les combats, de nombreux civils quittent la ville, par la route menant à Tobrouk ou par les pistes dans le désert.

L'un d'eux, Mansour Zaqzaq, 48 ans, raconte: "Jusqu'à présent on tenait le coup, mais là ce n'était plus possible".

"Depuis quatre jours les rebelles faisaient des incursions, mais là ils sont rentrés dans Adjabiya. Des voisins nous ont dit que les hommes de Kadhafi enlevaient des civils pour s'en servir de boucliers humains. Les femmes et les enfants pleuraient sans arrêt. Nous avons décidé de partir", ajoute-t-il.

Dans la voiture suivante, qui zigzague entre les pierres sur une piste contournant la ville, Abdel Raouf a entassé toute sa famille. Sa femme et trois petites filles avec lui dans la cabine du pick-up. A l'arrière, trois garçons, un jeune homme barbu, des couvertures, un fauteuil roulant plié et un perroquet gris dans une cage.

"Les révolutionnaires sont entrés, dans plusieurs voitures. Les combats se sont rapprochés de plus en plus de notre maison, il fallait partir", dit-il.

Tous décrivent une ville fantôme, sans eau ni électricité, avec certains quartiers épargnés mais d'autres dans lesquels des maisons sont touchées par des obus et des tirs à l'arme lourde.

"Les seuls qui vont rester" dit Mansour Zaqzaq, "ce sont les pauvres, ceux qui n'ont pas de voitures pour fuir..."

Les visites se succèdent aux aviateurs belges opérant depuis la Grèce

Le "patron" de l'armée belge, le général Charles-Henri Delcour, a rendu jeudi visite aux aviateurs belges engagés dans l'opération "Aube de l'Odyssée" depuis la base aérienne d'Araxos (Grèce), où le ministre de la Défense, Pieter De Crem, est attendu lundi, a indiqué vendredi le ministère de la Défense.

Le chef de la Défense (CHOD) "est venu à la rencontre du personnel pour s'assurer de la bonne compréhension de la mission et de la bonne installation du détachement", précise le site internet du ministère, qui montre quelques photos de pilotes - au visage flouté pour les rendre méconnaissables.

Le détachement belge déployé à Araxos était présent pour un exercice dans le cadre de la force de réaction rapide de l'OTAN, la "NATO Reaction Force" (NRF). Constitué autour de la 349ème escadrille de Kleine-Brogel (Limbourg) et placé sous le commandement du major aviateur Nico Claessens, "il est passé sans délai et avec les renforts nécessaires d'un exercice à une opération militaire internationale d'envergure", ajoute la Défense, sans toutefois citer le nombre de personnes impliquées.

La force aérienne grecque a mis plusieurs bâtiments à la disposition du détachement belge de l'opération baptisée "Freedom Falcon" (OFF) par l'état-major - alors que celle en Afghanistan s'appelle OGF (pour opération "Guardian Falcon").

M. De Crem se rendra lundi à Araxos - tout comme un groupe important de journalistes en provenance de Bruxelles - après une visite dimanche à Athènes, où il doit rencontrer son homologue grec, Evanguelos Venizelos, a indiqué vendredi son entourage.

Les raids ont fait au moins 114 morts en 4 jours

Au moins 114 personnes ont été tuées et 445 blessées de dimanche à mercredi par les raids de la coalition internationale sur la Libye, a annoncé vendredi soir un responsable du ministère de la Santé, sans préciser la proportion des victimes civiles dans ce bilan.

"Du 20 au 23 mars, 114 personnes ont été tuées et 445 ont été blessées dans les raids" de la coalition, a déclaré Khaled Omar au cours d'une conférence de presse.

Interrogé sur la proportion des victimes civiles, il a déclaré qu'il n'était "pas du ressort de (son) ministère de faire la distinction entre victimes civiles ou militaires".

Selon M. Omar, 104 personnes ont été tuées à Tripoli et dans sa banlieue et 10 à Syrte, ville natale de Mouammar Kadhafi, à plus de 600 km à l'est de Tripoli.

Un premier bilan provisoire donné jeudi par le porte-parole du régime, Moussa Ibrahim, avait fait état d'"environ 100 morts" parmi les civils.

© La Dernière Heure 2011