Monde 58% des Britanniques estiment qu'il ment pour gagner

LONDRES «Il n'y a pas d'alternative (hélas)», titrait vendredi à sa une le magazine britannique The Economist, résumant sans doute le dilemme de nombre d'électeurs britanniques lors des élections législatives de jeudi prochain: le Premier ministre travailliste Tony Blair n'est plus totalement en odeur de sainteté, notamment en raison des dernières révélations sur les conditions de l'engagement britannique dans le conflit irakien, mais a le gros avantage de ne pas avoir en face de lui une opposition conservatrice suffisamment crédible pour offrir une alternative attrayante.

C'est dire si le scrutin du jeudi de l'ascension devrait à nouveau tourner à l'avantage de Tony Blair, qui devrait logiquement entrer dans l'histoire pour être le premier leader travailliste à remporter trois élections consécutives. Ce sera sa dernière, puisque l'hôte du 10, Downing Street a d'ores et déjà annoncé qu'il ne chercherait pas à décrocher un 4e mandat.

Selon un sondage publié hier matin par le Times, les travaillistes de Tony Blair recueillent 40% des intentions de vote, contre 32% pour les conservateurs de Michael Howard et 21% aux libéraux démocrates de Charles Kennedy, bref des scores qui n'ont pas évolué depuis que Tories et Lib-dems dénoncent tant et plus les mensonges de Tony Blair sur la guerre en Irak.

Car le gouvernement britannique a bel et bien manipulé les faits pour justifier son entrée en guerre. Une note confidentielle du gouvernement datant de mars 2003, éventée par la presse, émettait ainsi des doutes sur la légalité de l'intervention britannique sans une nouvelle résolution des Nations unies. Or, Tony Blair n'en avait pas soufflé mot et était resté fidèlement aux côtés de son allié américain dans leur croisade contre l'arsenal irakien d'armes de destruction massive. Et il avait toujours nié depuis lors l'existence d'un tel avis négatif, avant d'être mis devant le fait accompli.

«Je le critique pour ne pas avoir dit la vérité et pour son absence de projet» pour l'après-guerre, a martelé vendredi Michael Howard. «Il a derrière lui toute une série de mensonges». Cinquante-huit pour cent des Britanniques pensent d'ailleurs que le chef du gouvernement «dit des mensonges pour gagner les législatives», selon un sondage réalisé pour le Daily Telegraph.

Copieusement attaqué sur l'Irak depuis plusieurs jours et plus particulièrement jeudi soir lors d'un débat télévisé avec des électeurs, Tony Blair a voulu changer d'ambiance vendredi en dévoilant le dernier slogan électoral du Labour: «si vous voulez la stabilité économique, votez pour elle». Le tout sur fond de musique de U 2...

«Les résultats économiques plaident en faveur des travaillistes», reconnaît The Economist, même si «l'essentiel de leur mérite consiste à avoir sauvegardé l'héritage favorable au marché hérité» du Premier ministre conservateur Margaret Thatcher.

© La Dernière Heure 2005