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Gazprom menace de couper le gaz le 1er janvier à l'Ukraine, terre de transit pour livraisons gazières à l'Europe, si Kiev ne rembourse pas ses dettes d'ici là


MOSCOU "Le décompte se fait désormais en heures. Si l'Ukraine ne s'aquitte pas de sa dette avant la fin du 31 décembre, Gazprom n'aura aucune raison de livrer du gaz à l'Ukraine", a souligné une nouvelle fois le patron de Gazprom, Alexeï Miller, à la chaîne télévisé Vesti-24. "Gazprom a formé dès aujourd'hui (mardi) un état-major des opérations. Cet état-major des opérations a déjà commencé le travail préparatoire" pour couper le gaz à l'Ukraine, a-t-il ajouté.

La société russe réclame à Kiev plus de deux milliards de dollars pour les livraisons gazières de novembre (805,8 millions) et de décembre (862,3 millions), plus des pénalités en raison des retards de paiements (450 millions). "Nous espérons que la journée d'aujourd'hui (mardi) apportera des résultats", a déclaré devant la presse le porte-parole de la société russe, Sergueï Kouprianov.

Gazprom a proposé de payer en avance à l'Ukraine les taxes de transit du gaz destiné à l'Europe passant par son territoire pour qu'elle puisse rembourser la société russe, "mais pour l'instant rien n'a été signé", a expliqué le porte-parole. Le porte-parole de Naftogaz, la société des hydrocarbures de l'Etat ukrainien, Valentin Zemlianski a lui indiqué que Kiev était prêt en cas de coupure, tout en disant espérer une solution de dernière minute.

"Si l'on nous coupe le gaz, cela nous touchera peu car nous avons assez de gaz (dans les réservoirs souterrains) pour tenir jusqu'à la fin de" l'hiver, a-t-il déclaré à l'AFP. "Mais nous nous préparons à achever les négociations avant la fin de l'année même s'il ne nous reste qu'une journée (mardi) et demain (mercredi) pour conclure le contrat et éviter de fêter le Nouvel an avec Gazprom. Attendons un peu", a-t-il ajouté.

Kiev dit avoir des difficultés de paiement en raison de la crise économique mondiale qui a touché le pays, provoquant une chute dramatique de la monnaie nationale. Gazprom a indiqué "comprendre" la situation ukrainienne et c'était pour cela que la société russe cherchait encore un accord à l'amiable.

Le géant du gaz a par contre indiqué que si l'Ukraine ne remboursait pas sa dette, tout contrat futur facturera à Kiev le prix du marché du gaz, soit 418 dollars pour 1.000 m3 contre 179,5 dollars actuellement. L'entreprise s'appuie sur un accord signé le 2 octobre par les Premiers ministres russe Vladimir Poutine et ukrainien Ioulia Timochenko, qui prévoit le passage progressif d'un prix réduit à un prix de marché pour les livraisons à l'Ukraine, mais seulement si toutes les dettes ukrainiennes étaient payées.

Le porte-parole de la compagnie, Sergueï Kouprianov, avait indiqué samedi qu'il y avait "une chance sur deux" pour que le conflit avec Kiev se règle avant le 1er janvier. Les Européens surveillent attentivement ce dossier, car 80% des livraisons gazières qu'ils reçoivent de Russie transitent par l'Ukraine.

Lors d'un précédent conflit, en janvier 2006, les livraisons à l'Europe avaient été perturbées et Moscou avait accusé Kiev de siphonner le gaz européen. M. Kouprianov a indiqué une nouvelle fois mardi qu'un tel scénario pourrait être évité cette année, l'Ukraine disposant de réserves de gaz accumulées durant l'été et un contrat l'obligeant à autoriser le transit gazier sur son territoire. "Mais, vu comment (Kiev) respecte ses obligations de paiement des livraisons, nous ne pouvons être sûrs à 100% que ses obligations de transit seront respectées", a-t-il déclaré.

M. Kouprianov a de nouveau promis que Gazprom "remplira toutes ses obligations" vis-à-vis de l'Europe, tandis que l'Ukraine a déjà assuré qu'elle ne siphonnera pas le gaz destiné aux Européens.

© La Dernière Heure 2008