Monde Le zoo de Kaboul est à l'image du pays

KABOUL Affalé au soleil, Marjan le lion aveugle sommeille tranquillement dans son enclos du zoo de Kaboul.

Offert par l'Allemagne il y a trente-huit ans, Marjan est un ancien combattant: il a traversé les coups d'Etat, l'invasion soviétique, la guerre civile, jusqu'à la campagne de frappes américaines actuelle en Afghanistan.

Aveugle, boiteux et abandonné aux railleries des enfants, il est le triste symbole de l'incapacité de l'Afghanistan à vivre en paix.

Au début des années 1990, quand le zoo se trouvait au coeur du front entre les factions de moudjahidine rivales dans le sud-ouest de la capitale, un jeune combattant entra dans l'enclos de Marjan pour un canular. Le lion le mangea.

Le lendemain, le frère du soldat, venu venger la victime, lança une grenade contre le fauve, qui en perdit la vue.

Cette période fut la plus difficile pour le zoo. Les moudjahidine firent des cerfs et des lapins leurs repas, et l'unique éléphant fut abattu. Des obus touchèrent le principal bâtiment, brisant l'aquarium.

Mais l'avènement des taliban en 1996 n'améliora pas les choses. Sceptiques quant à l'adéquation entre la présence d'un zoo et leur interprétation intégriste de la charia (loi coranique), les étudiants en théologie le laissèrent à l'abandon.

Les onze employés du zoo, qui ne recevaient même pas leur salaire, en étaient réduits à mendier la nourriture pour les animaux dans les marchés. Marjan, censé manger 12 kg de viande par jour, prit l'habitude de jeûner.

Aujourd'hui, dix jours après la déroute des taliban et la prise de Kaboul par l'Alliance du Nord, le directeur du zoo, Shir Aqa, attend toujours des changements.

`La municipalité de Kaboul nous donnait de l'argent, maintenant nous ne sommes plus sûrs de rien´, explique-t-il. `Nous avons besoin d'argent pour nourrir les animaux, nous devons réparer les cages et soigner les animaux.´ Riche il y a dix ans d'une quarantaine d'espèces différentes, le zoo de Kaboul n'en accueille plus que dix-neuf.

Outre Marjan, deux loups, plusieurs singes et un ours brun sont les principales attractions pour les visiteurs. Ces derniers ont d'ailleurs nettement augmenté depuis le départ des taliban.

Ils sont désormais une centaine à payer chaque jour les droits d'entrée à hauteur de 2.000 afghanis (2FB). Shir Aqa a demandé de l'aide à l'étranger, et une équipe d'experts britannique s'est dite prête à intervenir.