Monde La première Dame de France parle de sa fille Laurence, anorexique depuis l'âge de 15 ans

PARIS Ce lundi, l'épouse du chef d'Etat français, Bernadette Chirac, inaugurait la septième maison des adolescents installée dans une aile de l'hôpital Cochin, à Paris.

Elle est baptisée Maison de Solenn, en souvenir de la fille du journaliste Patrick Poivre d'Arvor, atteinte d'anorexie mentale, qui s'était suicidée à 19 ans après trois ans de combat contre la maladie.

Ce projet, consacré à la prise en charge spécifique des adolescents, «est le résultat d'une réflexion personnelle et commune», a dit Mme Chirac. La première Dame de France abordait ainsi, exceptionnellement, le sort de la fille aînée du couple, Laurence, anorexique depuis l'âge de 15 ans et qui a fait une tentative de suicide en 1990.

«La notoriété, ça gêne plutôt, dans la maladie», a encore expliqué dimanche soir, sur le plateau d' On ne peut pas plaire à tout le monde, Bernadette Chirac, parlant avec pudeur de cette fille, âgée aujourd'hui de 46 ans.

Mme Chirac, avec d'autres, a voulu prendre le contre-pied de ce que sa fille a vécu dans les années où elle était «dans différents services, différents hôpitaux»: la solitude, la séparation d'avec la famille, la pratique du «chantage au poids»... «On pouvait téléphoner pour prendre des nouvelles», c'est tout, a-t-elle expliqué.

Une méningite

«Une mère qui a échoué avec un enfant, qui n'est pas arrivée à le remettre en bonne santé, se sent toujours coupable», a expliqué Bernadette Chirac qui sortait ainsi exceptionnellement du silence qui entourait jusqu'ici le sort de cette fille qui, alors qu'elle apparaissait sur les photos de famille enfant, a soudainement complètement disparu de la scène familiale.

«Elle avait quinze ans et cela a commencé par une méningite... Cela a été très brutal», a poursuivi Bernadette Chirac.

En 1988, alors que Jacques Chirac est en pleine campagne présidentielle face à Mitterrand, Laurence, qui a suivi des études médicales, est hospitalisée. Certaines rumeurs l'annoncent morte. La famille fait le gros dos. La chape de plomb résiste.

Deux ans plus tard, en avril, la jeune femme tente de se suicider en se jetant du 4e étage d'un immeuble parisien. Elle s'en sortira avec des fractures du bassin et des blessures à la tête... Depuis, le silence était revenu s'installer autour de la vie de Laurence Chirac.

Mais, choquée de la manière dont on traite les anorexiques, Mme Chirac a décidé de se battre. Son objectif: rendre plus humaine l'hospitalisation des enfants et permettre, notamment, la présence, à leurs côtés, de leurs parents. «Ces enfants ont besoin de gaieté, de voir le soleil», a ainsi expliqué Bernadette Chirac qui a encore expliqué sa quête, à travers le monde entier, pour tenter de trouver un endroit accueillant pour sa fille. En vain... H. Le.

© La Dernière Heure 2004