Monde CNN relate la correspondance entre le journaliste et un dissident saoudien sur la messagerie Whatsapp.

Jamal Khashoggi a été assassiné, le 2 octobre dernier au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul (Turquie) dans des circonstances qui restent extrêmement troubles. CNN a réussi à mettre la main sur plus de 400 messages envoyés via Whatsapp à un dissident saoudien résidant au Québec dénommé Omar Abdulaziz. Quelques passages sont édifiants.

"Le plus de victimes il mange, le plus de victimes il veut"

D'abord, il critique de manière très virulente le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane. "Le plus de victimes il mange, le plus de victimes il veut", écrit-il avant de décrire un tyran qui "aime la force, l'oppression et a besoin de le montrer." Les messages ont été envoyés entre octobre 2017 et août 2018.

Leur but était ensuite de créer une "armée numérique" afin d'attaquer le pouvoir en place en Arabie saoudite. Ils espéraient mettre à mal a propagande du régime qui reste très influent sur internet. Pour créer leur armée, Khashoggi et Abdulaziz avaient dans l'idée d'envoyer des cartes SIM étrangères aux dissidents afin qu'ils puissent tweeter sans être retracés. Pour se financer, le journaliste était disposé à investir 30.000 $ sur ses fonds propres avant de demander discrètement de l'argent auprès de riches mécènes.

Vidéos, photos et enregistrements vocaux

En plus, CNN a réussi à se procurer des vidéos, des photos et des enregistrements vocaux échangés entre Khashoggi et Abdulaziz. C'est au mois d'août que leur collaboration s'est arrêtée, lorsque le journaliste a été informé par son compère que les autorités saoudiennes étaient renseignées sur leur plan. "Que Dieu nous aide," a alors envoyé Khashoggi.

Deux mois plus tard, à l'ambassade d'Arabie saoudite en Turquie située à Istanbul, Jamal Khashoggi a disparu. Il y a été tué, puis démembré.

Le mois dernier, Abdulaziz a révélé publiquement avoir été en contact avec le journaliste saoudien après que des chercheurs de l'Université de Toronto ont annoncé que son téléphone avait été infiltré par un logiciel "espion". Un des chercheurs a affirmé à CNN que le programme avait été utilisé suite à une demande spéciale des autorités saoudiennes. Abdulaziz a ensuite porté plainte contre la société de sécurité informatique israélienne NSO, qui serait à l'origine de ce piratage. Ce dernier aurait joué "un rôle majeur" dans l'assassinat de Khashoggi.