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Le Premier ministre britannique de l'époque, James Callaghan, a été atterré à la lecture d'un rapport confidentiel sur les capacités britanniques à faire face à une offensive soviétique, indiquent ces documents


LONDRES La Grande-Bretagne craignait d'être trop faible pour affronter une attaque soviétique pendant la Guerre froide, réalisant en 1978 qu'elle ne pourrait pas résister plus de trois jours, révèlent des documents d'archives déclassifiés mardi. "Puisse le ciel nous aider en cas de guerre", a déclaré le chef du gouvernement selon ces archives rendues publiques après une période de trente ans, en constatant que les avions de combat britanniques ne disposaient que d'un stock de missiles suffisant pour trois jours, ainsi que d'autres graves pénuries d'équipement.
M. Callaghan, qui a dirigé le gouvernement travailliste britannique de 1976 à 1979, a qualifié cette situation de "scandale".

Le Premier ministre avait demandé une évaluation de la capacité de réponse de la Grande-Bretagne après la publication d'une étude de la Commission conjointe du renseignement (JIC) sur l'éventualité d'une offensive soviétique.
"Je suppose que quelqu'un a réfléchi à la façon dont nous pouvons nous défendre?", a écrit le Premier ministre en 1977 après avoir pris connaissance du rapport.

En réponse, ses chefs d'état-major ont rédigé un nouveau rapport concluant que la Grande-Bretagne "ne pouvait répondre à égalité" aux menaces suggérées par la JIC. "Dans le cas d'une attaque nucléaire par des missiles balistiques, nous ne disposerions pas de capacité de défense, à part la dissuasion indirecte de nos forces nucléaires", ont relevé les responsables militaires en janvier 1978, à un moment où des milliers de soldats américains étaient stationnés en Grande-Bretagne dans ce contexte de Guerre froide. "Même si l'on était averti à l'avance, il est peu probable que les défenses britanniques puissent prévenir la perte d'une grande part des forces de l'OTAN basées en Grande-Bretagne", ont-ils ajouté.

La Grande-Bretagne disposait alors de moins de 100 avions de combat contre quelque 200 côté soviétique, selon ce rapport relevant que les stocks de missiles britanniques n'étaient suffisants que pour "deux ou trois jours d'opérations".
M. Callaghan a rencontré son ministre de la Défense, Frederick Mulley, à Downing Street le mois suivant pour discuter de ces conclusions alarmistes.
"Le Premier ministre a demandé pourquoi nous étions dans cette situation, cela lui semblait un scandale", indique un compte-rendu officiel de la réunion. "Le Premier ministre a indiqué que la conclusion qu'il tirait du rapport était qu'une ou deux personnes devraient être remerciées", ajoute le compte-rendu.

En mars, M. Mulley a envoyé au Premier ministre un rapport de synthèse soulignant que la Grande-Bretagne n'avait pas besoin d'une défense entièrement autonome puisque son appartenance à l'OTAN, qui considère une attaque contre l'un de ses membres comme une attaque contre l'ensemble de l'Alliance atlantique, constituait une dissuasion suffisante.

Mais le Premier ministre s'est également alarmé du manque de dragueurs de mines de type "Hunt" et de l'incapacité britannique à construire plus de ce type de bâtiments de guerre rapidement. "Je ne peux pas croire que nous puissions construire plus de quatre "Hunt" en dix ans. Puisse le ciel nous aider en cas de guerre", a écrit le Premier ministre.

© La Dernière Heure 2008