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Samedi soir au Club Bounce, la piste est pleine à craquer. Mais pour entrer, il faut faire le poids : les clients dépassent tous les 100 kilos


LONG BEACH C'est samedi soir au Club Bounce et la piste de danse est pleine à craquer. Mais pour entrer dans cette boîte de nuit chic, non loin des rouleaux du Pacifique, il faut faire le poids : les clients qui se déhanche au son du hip hop sous les boules à facettes dépassent tous largement les 100 kilos.

Cette discothèque californienne est en effet réservée aux personnes en surpoids et qui se sent bien dans leurs corps.

"Complexée ? Non ! Pas du tout", lance en riant Monique Lopez, très voluptueuse jeune femme de 23 ans, moulée dans une petite robe noire et perchée sur des talons hauts. Au contraire, ajoute-t-elle, elle serait plutôt du genre à choisir sa jupe "la plus courte" pour aller danser au Bounce.

«Quand vous ne correspondez pas à ce qu'ils considèrent comme idéal, vous savez, et que vous essayez d'aller danser dans les autres endroits, on vous regarde de travers, on vous fixe. Mais pas ici. Tout le monde est accepté ici», explique Vanessa Gray, une séduisante trentenaire de Long Beach, qui reconnaît qu'après avoir mis au monde trois enfants, elle a un peu plus que la peau sur les os...

Aux Etats-Unis, le mouvement pour les personnes en surpoids n'est pas nouveau. Cela fait 40 ans que l'Association nationale pour l'acceptation des personnes grosses (NAAFA) se bat pour faire changer le regard sur l'obésité et revendique le droit de chacun d'être traité de la même façon, quel que soit son poids.

Mais des lieux comme le Club Bounce, qui accueillent ceux qui auraient plus de mal à passer l'entrée des discothèques traditionnelles, sont apparus beaucoup plus récemment.

Le mouvement a d'abord commencé sur Internet, avec des soirées organisées en ligne, comme la "Vegas Party" annuelle du site pour les "big beautiful women", les belles et fortes femmes, (bbwnetwork.com).

Aujourd'hui, Lynn McAfe, militante de longue date des droits des obèses, qui siège au Conseil sur la discrimination par la taille ou le poids, aimerait maintenant voir davantage de ces clubs, où les personnes qui ont de l'embonpoint peuvent s'amuser, mais aussi emmener la soeur ou le collègue plus mince: «c'est une expérience incroyable pour beaucoup de gens qui ne sont pas gros de passer une journée ou une soirée dans un monde de gros», dit-elle.

Lisa Marie Garbo, a ouvert le Club Bounce il y a cinq ans, pour toutes celles qui comme elle en avaient assez "d'être la seule grosse de la discothèque du coin". Cette blonde et pétillante quadragénaire, qui aime les pantalons moulants et les hauts échancrés, préfère personnellement parler de "size plus" ("grande taille") ou "carrure plus large", même si elle ne s'offusque plus du mot "gros".

Son club, d'une capacité de 400 personnes, attire à peu près autant d'hommes que de femmes, même si la patronne précise que dans l'ensemble, les trois-quarts des femmes sont fortes et seulement un quart des hommes.

Certains fêtards, comme Chad Koyanagi, étaient obèses, puis ont maigri. D'autres, comme Lisa Marie, ont fait le yoyo sur la balance au fil des ans. D'autres encore se sentent bien comme ils sont.

Chad Koyanagi restait terré chez lui avant d'être traîné au Bounce par un ami rencontré sur un site de réseau social. D'une timidité maladive au départ, ce jeune homme de 30 ans a fini par se sentir plus à l'aise et perdu 25 kilos. Aujourd'hui, il n'a plus le profil du beau costaud, mais il s'est fait trop d'amis dans la boîte pour arrêter de venir.

Même si tous les clubbers ne sont pas en surpoids, certains craignent que ce genre d'établissements n'encouragent à rester gros dans un pays où selon les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), un adulte sur trois est déjà obèse. Mais Lisa Marie, qui se bat avec ses kilos depuis l'enfance, après avoir dû prendre des stéroïdes, petite, pour son asthme, se défend d'inciter à l'obésité : "Mon message, c'est 'vivez votre vie quel que soit votre taille'".

D'ailleurs, si l'obésité reste un grave problème de santé publique, avec des liens avec le diabète et les maladies cardiaques notamment, la sociologue Karen Sternheimer juge que de tels endroits peuvent aider à restaurer une estime de soi abîmée, première étape pour lutter contre les kilos en trop. "Dans beaucoup de cas, le problème est que les gens se sentent mal et se sentir coupable n'incite pas à perdre du poids", explique-t-elle. "Tout ce qui aide les gens à se sentir mieux avec eux-mêmes, c'est positif".

© La Dernière Heure 2009