Libye: les violences ont probablement fait plus de 1.000 morts

H. Le. avec Belga et AP Publié le - Mis à jour le

Monde

C'est ce qu'a déclaré le ministre italien des Affaires étrangères

TRIPOLI La répression sanglante et les violences en Libye ont probablement fait plus de 1.000 morts, a déclaré mercredi le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini.

M. Frattini a jugé "crédible" ce bilan établi d'après des témoins et des sources médicales en Libye, où Moammar Kadhafi a promis mardi de combattre "jusqu'à la dernière goutte de sang" la contestation contre son pouvoir.

Le colonel libyen appelé ses partisans à reprendre les rues aux manifestants, lors d'un discours enflammé diffusé mardi par la télévision libyenne. Mercredi, selon des témoignages, des tirs nourris étaient entendus dans la capitale Tripoli où les partisans de Kadhafi tentaient de renforcer leur emprise.

D'après une femme vivant dans le centre-ville, des miliciens et des mercenaires ont ouvert le feu dans les rues, désertées. Les blessés ne pouvaient pas se rendre à l'hôpital, craignant d'être abattus. Cette femme, qui a requis l'anonymat, a ajouté que son neveu a disparu depuis mardi. "Il est allé se joindre aux manifestations et il n'est pas revenu. Toute la famille panique. Nous sommes en état de siège".

A Misurata (ouest), en revanche, ce sont désormais les manifestants qui contrôlent la ville, selon des témoignages. Misurata, si cette information était confirmée, serait la première grande ville de l'ouest du pays à tomber aux mains de l'insurrection, qui a touché Tripoli dimanche soir après une semaine de soulèvement dans l'est.

Selon le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, la répression en Libye a fait au moins 250 morts et plusieurs centaines de blessés, l'organisation Human Rights Watch faisant de son côté état de quelque 300 morts. Des bilans précis restent difficiles à obtenir, les journalistes ne pouvant travailler librement dans le pays compte tenu de l'étroit contrôle exercé par le régime.


Kadhafi au bout de sa folie

Muammar Kadhafi est sorti de son mutisme et n’a plus laissé son fils jouer les mauvais rôles. Le tortionnaire, le tyran fou, c’est lui et bien lui.

Confronté à une révolte populaire sans précédent depuis une semaine, le colonel Kadhafi a juré mardi dans un long discours télévisé de rétablir l’ordre, brandissant la menace d’une répression sanglante.

Promettant de se battre “jusqu’à la dernière goutte” de son sang, il a appelé la police et l’armée à reprendre la situation en main et assuré que tout manifestant armé méritait la “peine de mort” . “Rendez vos armes immédiatement, sinon il y aura des boucheries”, a-t-il lancé, évoquant une riposte “similaire à Tienanmen”, en référence à la répression militaire du Printemps de Pékin en juin 1989 qui avait fait des centaines, voire des milliers de morts, selon les sources.

Drapé dans une tunique marron, pour sa première intervention officielle depuis le 15 février, le colonel Kadhafi, au pouvoir depuis plus de 41 ans, tenait à la main son Livre vert , recueil de ses pensées publié dans les années 1970, et s’exprimait devant sa maison bombardée en avril 1986 par les Américains et laissée depuis en l’état.

“Muammar Kadhafi n’a pas de poste officiel pour qu’il en démissionne. Muammar Kadhafi est le chef de la révolution, synonyme de sacrifices jusqu’à la fin des jours”, a-t-il affirmé dans un discours enflammé de plus d’une heure, ponctué de larges gestes de la main et parfois de silences et de bégaiements. “Tous les jeunes doivent créer demain les comités de défense de la révolution : ils protégeront les routes, les ponts, les aéroports […]. Le peuple libyen doit prendre le contrôle de la Libye, nous allons leur montrer ce qu’est une révolution populaire” , a-t-il dit, en appelant ses partisans à manifester à partir de mercredi. “Aucun fou ne pourra couper notre pays en morceaux”, a-t-il encore ajouté, menaçant de “purger (le pays) maison par maison” .

Un discours qui ne laisse aucune place au moindre dialogue. Si l’appareil armé ne lâche pas Kadhafi, le bain de sang sera inévitable.

Les premières défections annoncées dans les rangs de l’armée peuvent laisser un mince espoir que le mouvement populaire fera tache d’huile. Mais la tribu de Kadhafi sait que si elle perd le pouvoir, elle perd tout. Un raisonnement qui vaut aussi pour les mercenaires qui garnissent certains bataillons.



© La Dernière Heure 2011
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