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Les équipes d'intervention "sont parvenues à stabiliser la tête du puits, ils ont injecté des liquides à l'intérieur"

NOUVELLE-ORLEAN Le pétrole a cessé jeudi de s'écouler dans le golfe du Mexique grâce à une opération de colmatage de la fuite, mais les autorités ont averti qu'il était trop tôt pour crier victoire face à la marée noire.

L'interruption du flux était d'autant plus pressante que le pétrole s'est répandu à un rythme de 2 à 3 millions de litres par jour depuis plus de cinq semaines, selon une nouvelle estimation fournie par un groupe d'experts mandaté par l'administration américaine, un rythme trois à quatre fois supérieur à ce qui avait été estimé jusqu'ici.

La catastrophe constitue la pire marée noire de l'histoire des Etats-Unis, a reconnu le président Barack Obama lors d'une conférence de presse de plus d'une heure consacrée entièrement à ce sujet.

Les équipes d'intervention "sont parvenues à stabiliser la tête du puits, ils ont injecté des liquides à l'intérieur. Ils ont arrêté l'échappement d'hydrocarbures", a affirmé le commandant des garde-côtes, l'amiral Thad Allen, à la radio WWL First News.

"Tout le monde est prudemment optimiste mais il n'y a pas encore de raison de crier victoire", a-t-il ajouté, notant que le puits n'était toujours pas cimenté.

L'opération lancée mercredi par BP constitue le premier résultat positif pour boucher le puits et le premier vrai succès enregistré par le groupe britannique, dont les faits et gestes sont scrutés par Washington depuis le naufrage de la plateforme à l'origine de la catastrophe, le 22 avril.

L'opération consiste à injecter depuis un bateau en surface une solution faite d'eau et de matières solides dans deux conduits qui mènent à la valve anti-explosion du puits, puis de sceller le puits avec du ciment.

Il s'agit d'"une lutte titanesque entre le flot (de pétrole) et la solution que nous injectons dans le puits", a décrit le directeur exécutif de BP, Robert Dudley, sur la chaîne CNN.

M. Obama a profité de sa conférence de presse pour défendre sa gestion de la crise, au moment où son administration est accusée d'avoir tardé à réagir et d'être à la remorque de BP. Interrogé sur la nouvelle estimation du volume de la fuite, M. Obama s'est demandé si le groupe britannique avait été "complètement honnête sur l'ampleur des dégâts".

Devant l'émotion provoquée par la marée noire, il a annoncé la suspension de tous les nouveaux projets d'exploration pétrolière en mer. "Nous allons prolonger de six mois le moratoire actuel et la délivrance de nouveaux permis pour forer de nouveaux puits sous-marins", a-t-il déclaré.

M. Obama a estimé que la marée noire soulignait "la nécessité urgente" de développer les sources d'énergie renouvelables. "La catastrophe doit au moins nous servir à nous réveiller", a lancé le président.

M. Obama se rendra vendredi en Louisiane, l'Etat le plus touché par la marée noire, qui s'étend désormais le long de "plus de 160 km de côtes", selon le gouverneur Bobby Jindal.

Mercredi, le directeur général de BP, Tony Hayward, a reconnu que "sept défaillances" étaient apparues avant l'explosion de la plateforme, sans préciser s'il s'agissait d'erreurs humaines ou de problèmes techniques.

Selon le New York Times, citant un document interne de BP, le groupe aurait, après le naufrage de la plateforme, choisi l'option la plus risquée entre deux techniques de coffrage du puits, notamment pour des motifs économiques.

Dans le cadre des opérations de lutte contre la marée noire, 125 bateaux de pêche qui participaient à des opérations de nettoyage au large de la Louisiane ont été rappelés par précaution, quatre membres d'équipage ayant signalé des problèmes de santé qui pourraient être liés à l'épandage de produits dispersants sur les flots.

Pétrole: face à la marée noire Obama stoppe l'exploration en mer

Le président américain Barack Obama a prolongé jeudi de six mois un moratoire sur l'octroi de permis de forages pétroliers en mer, prenant acte d'un changement de donne en pleine marée noire dans le golfe du Mexique.

"Nous allons prolonger de six mois le moratoire actuel et la délivrance de nouveaux permis pour forer de nouveaux puits sous-marins", a déclaré le président américain, qui doit se rendre vendredi sur le terrain en Louisiane pour évaluer les opérations de lutte contre cette catastrophe écologique et économique majeure.

Dans une intervention à la Maison Blanche, il a ajouté que seraient "suspendus les forages de 33 puits de prospection sous-marine actuellement en cours dans le golfe du Mexique".

M. Obama a aussi annoncé la suspension d'un projet d'exploration de pétrole au large de l'Alaska qui devait être attribué au groupe anglo-néerlandais Shell. Il a également suspendu un autre projet moins avancé d'octroi de concessions pétrolières au large de la Virginie.

Ces mesures interviennent après que le président américain a pris connaissance mercredi soir d'un rapport de son secrétaire à l'Intérieur Ken Salazar, responsable des ressources naturelles, sur l'avenir des forages pétroliers en mer.

L'explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, exploitée par BP, le 20 avril dans le golfe du Mexique, a provoqué une marée noire colossale. Conformément à la loi "pollueur-payeur" américaine, c'est l'entreprise britannique qui acquittera les sommes engagées pour nettoyer la pollution et dédommager ses victimes.

Mais l'administration Obama s'est retrouvée sous le feu des critiques face aux difficultés rencontrées par BP pour juguler la fuite du puits de pétrole, située à 1,6 km de profondeur, plus de cinq semaines après le début de la catastrophe.

Le pétrole a finalement cessé de couler jeudi grâce à une opération de colmatage du puits entamée la veille, ont annoncé les garde-côtes américains.
M. Obama a reconnu jeudi que la marée noire était la pire de l'histoire des Etats-Unis et répété que BP serait tenu responsable jusqu'au dernier centime des indemnisations, tout en défendant son administration, affirmant que cette catastrophe "avait été (sa) plus haute priorité".

Avec les mesures de restriction annoncées, M. Obama fait en partie machine arrière par rapport au projet controversé de son administration annoncé fin mars, qui prévoyait de multiplier les forages en mer

Feu vert à la construction d'une île artificielle

L'administration américaine a donné jeudi son feu vert à la construction d'une île artificielle pour empêcher la marée noire de toucher une partie des côtes de Louisiane (sud).

Le commandant des garde-côtes Thad Allen, qui dirige l'intervention de l'administration contre la marée noire, a approuvé une partie de la proposition de la Louisiane d'ériger "une île artificielle qui pourrait empêcher le pétrole d'arriver sur les côtes", selon un communiqué.

Lors d'une conférence de presse à Washington, le président Barack Obama a défendu le temps pris par son administration pour approuver ce plan proposé avec insistance par le gouverneur républicain de Louisiane, Bobby Jindal.
Le Corps du Génie de l'armée américaine a indiqué que la Louisiane pourrait réaliser à ses frais six autres sections de son plan, à condition de suivre les spécifications arrêtées par cette instance militaire.

Ces décisions viennent en réponse aux demandes pressantes de M. Jindal, qui souhaitait voir le gouvernement approuver le recours à des dragueurs pour ériger une barrière d'îles artificielles afin d'empêcher le pétrole de pénétrer dans les marais et de mettre en péril leur écosystème fragile.

En expliquant le délai observé pour répondre aux demandes de la Louisiane, le président Obama a indiqué avoir promis à M. Jindal il y a deux semaines d'adopter son plan, à condition que le Corps du Génie estime que c'était la meilleure manière de traiter le problème.

"Et c'est en gros ce qui s'est passé et c'est pourquoi il y a eu aujourd'hui une annonce selon laquelle, aux yeux du Corps, il y a des zones où cela peut marcher et d'autres zones où cela serait contreproductif et serait une mauvaise utilisation de nos ressources", a poursuivi le président américain.

La partie du plan approuvée par le chef de la garde-côtes sera réalisée par le gouvernement fédéral, peut-être avec un financement par BP, le géant pétrolier dont le puits est à l'origine de la marée noire, selon un communique du centre d'information conjoint du gouvernement et de l'industrie pétrolière.

D'autres zones supplémentaires peuvent être prises en considération par la suite, si la première section s'avère efficace, a ajouté le document.

Mais selon le commandant Allen, entamer la réalisation de la proposition de la Louisiane dans son ensemble "aurait été imprudent et n'aurait pas apporté de protection efficace - surtout compte tenu de la complexité d'un projet de construction majeur entrepris au milieu d'une opération impliquant plus de 20.000 personnes et 1.300 bateaux", a précisé le communiqué.

© La Dernière Heure 2010