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L'Armée de Résistance du Seigneur est soupçonnée d'avoir commis des massacres


KINSHASA Les accusations se multiplient contre la rébellion ougandaise de l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA), soupçonnée du massacre de plus de 400 civils dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), dans le sillage d'une opération militaire contre leur base.
Après l'ONU lundi, l'ONG catholique Caritas a accusé mardi la LRA d'avoir mené des massacres pendant les fêtes de Noël dans le district de Haut-Uélé dans la province Orientale (nord-est), frontalière de l'Ouganda.
"Les éléments de la LRA ont mené plusieurs attaques meurtrières contre les populations civiles congolaises le jour de Noël et le lendemain. Le bilan provisoire fait état d'au moins 400 personnes tuées", indique Caritas sur son site internet en précisant que les attaques ont eu lieu dans les localités de Faradje, Duru, Gurba, Dungu et Doruma.
La LRA a fermement démenti mardi ces accusations et rejeté la responsabilité des morts sur les armées de la RD Congo, de l'Ouganda et du Sud-Soudan qui ont mené dans cette zone une opération contre la LRA à la mi-décembre.
L'archevêque de Dungu-Doruma, Mgr Richard Domba, a expliqué mardi à l'AFP qu'au moins 150 personnes ont été tuées à Faradje, 80 à Duru et au moins 200 autres à Doruma et dans les villages environnants.
"C'est une situation dramatique que nous vivons ici. Ils (les rebelles de la LRA) sont d'une barbarie et d'une sauvagerie indescriptibles", a dénoncé le prélat.
"Ils tuent à coup de machettes, de haches et de bâtons. Ils brûlent des personnes vives et des biens dans leurs maisons", a-t-il assuré. Les combattants de la LRA ont également "capturé des jeunes garçons et filles qu'ils doivent enrôler et faire travailler", a affirmé Mgr Domba.
"Les rebelles ont commis de terribles exactions. Ils ont décapité plusieurs personnes. Dans les villages, les populations n'osent plus circuler", a expliqué le directeur de Caritas de Dungu-Doruma, l'abbé Comé Mbolingaba.
"Tout le monde vit dans la psychose. Le bilan de plus de 400 personnes tuées est provisoire parce qu'il est difficile de retrouver tous les corps", a-t-il ajouté.
Les humanitaires déplorent le manque d'accès aux populations qui errent dans la Province Orientale, à la quête d'un abri et de secours et Caritas craint l'apparition d'épidémies "à cause de l'abandon des corps dans la nature".
Lundi, l'Office de coordination des affaires humanitaires de l'Onu (Ocha) avait accusé la LRA d'avoir tué 189 civils dans la même région. Dimanche, c'était l'armée ougandaise qui avait accusé la LRA d'être à l'origine du massacre, vendredi dans une église, de quelque 45 civils, en majorité des femmes, enfants et personnes âgées.
Le mouvement rebelle avait rejeté ces accusations et réclamé une "enquête indépendante".
Selon la Mission de l'ONU au Congo (MONUC), les rebelles de la LRA se sont rendus coupables de ces exactions depuis le lancement le 14 décembre d'une opération militaire menée contre eux par les armées de la RDC, de l'Ouganda et du Sud-Soudan.
L'offensive avait été lancée après le refus répété du chef de la LRA Joseph Kony de signer un accord de paix paraphé en avril par Kampala, qui venait conclure un processus de paix engagé en juillet 2006 afin de mettre un terme, dans le nord de l'Ouganda, à vingt ans d'une des guerres civiles les plus longues et les plus brutales d'Afrique.
Joseph Kony est sous le coup d'un mandat d'arrêt international émis par la Cour pénale internationale (CPI) en 2005 pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

© La Dernière Heure 2008