Monde Indétrônable, Angela Merkel veut prouver sa toute-puissance une nouvelle fois.

La carrière politique d’Angela Merkel a démarré à la chute du mur de Berlin. Près de 30 ans plus tard, la femme la plus puissante d’Europe souhaite rempiler pour un quatrième mandat.

Celle que l’ancien chancelier Helmut Kohl appelait la gamine ("das Mädchen") porte aujourd’hui le surnom de Mutti, la mère de la nation.

Angela Merkel est la première femme à avoir été élue à la tête du gouvernement allemand et la première provenant d’Allemagne de l’Est.

Fille de pasteur protestant, elle est née le 17 juillet 1954 à Hamburg, en Allemagne de l’Ouest, mais sa famille a rapidement déménagé en RDA communiste.

Angela Merkel a grandi à Templin, au nord de Berlin, où elle devient une élève modèle. La jeune fille étudie la physique à l’université de Leipzig avant de travailler pour l’Académie des sciences de Berlin-Est. Ce n’est que lors de la chute du mur qu’elle démarre une carrière politique active. Elle devient porte-parole adjointe du dernier gouvernement de RDA en 1990.

Après la réunification allemande, elle est nommée ministre des Femmes par Helmut Kohl en 1991 et ministre de l’Environnement en 1994. Mais Angela Merkel se distancie de son mentor dès 1998, lorsqu’il est battu par Gerhard Schröder et qu’il s’empêtre dans le scandale des caisses noires de son parti, la CDU.

En 2000, Merkel prend la tête du parti chrétien-démocrate (centre droit), puis du groupe CDU-CSU au parlement fédéral deux ans plus tard. Elle remporte de peu les élections législatives de 2005 contre Gerhard Schröder et prête serment pour la première fois cette année-là comme chancelière.

Ses douze années à la tête du gouvernement fédéral sont marquées par la crise financière et de la dette. Elle se pose alors en gestionnaire de crise et se dote d’une stature internationale, mais s’attire aussi les foudres des pays européens du sud pour son approche stricte empreinte d’austérité budgétaire. La crise migratoire de 2015-2016 semble un temps la faire basculer.

Sa décision d’ouvrir les frontières aux réfugiés et l’afflux massif qui s’en suit lui fait perdre beaucoup de soutiens, jusque dans son propre parti. Le recul des chiffres de l’immigration a permis de restaurer sa popularité, ce qui ne l’empêche pas d’être toujours huée et sifflée par certains militants de droite. "Angela Merkel est vue comme une personnalité capable de négocier dans des situations complexes", commente Isabelle Bourgeois, chercheuse au Centre d’information et de recherches sur l’Allemagne contemporaine (Cirac) en région parisienne. "Elle sait écouter et trouver des compromis. Les Allemands retiendront la figure d’un bon manager."

Merkel est également réputée pour certaines décisions radicales. Elle avait d’abord bloqué le retrait du nucléaire décidé par le SPD de Schröder et les Verts, avant de changer d’avis après la catastrophe de Fukushima en 2011. Elle a également approuvé le retrait du service militaire obligatoire, pourtant longtemps parmi les symboles de la politique conservatrice. Juste avant la fin de son dernier mandat, elle a également donné son feu vert au mariage homosexuel. Pour s’imposer le 24 septembre, Merkel joue la carte de la continuité. "C’est une ancre de stabilité dans des temps incertains, marqués par le Brexit, la menace nord-coréenne ou encore le président américain Donald Trump", selon Isabelle Bourgeois.