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Routes très longues, chiffres en baisse, et toujours des morts en mer: les migrations vers l'Europe, qui seront au coeur d'un sommet européen difficile jeudi et vendredi à Bruxelles, évoluent avec les efforts pour limiter les départs.

Par où arrivent les migrants ?

Le gros des arrivées se fait par la Méditerranée, rappelle le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), avec l'an dernier 172.000 personnes entrées en Grèce, en Italie ou en Espagne.

Les flux sont toutefois en forte baisse, puisqu'au plus fort de la crise, en 2015, l'Europe avait vu arriver 1,02 million de personnes par la Méditerranée. Depuis le début de 2018, on est tombé à 44.370 personnes seulement -- soit moins que le record de 48.000 personnes arrivées en cinq jours en Grèce en octobre 2015.

Quels parcours en Méditerranée?

La route principale, l'an dernier, était encore celle de la "Méditerranée centrale", via la Libye (ou la Tunisie) et l'Italie, avec 118.962 arrivées comptabilisées l'an dernier par l'agence Frontex, essentiellement des Nigérians, des Guinéens et des Ivoiriens.

Mais les arrivées par cette route ont chuté de 75% depuis des accords controversés passés mi-juillet 2017 par Rome avec les gardes-côtes libyens.

La route Turquie-Grèce (dite de la "Méditerranée orientale") s'est elle aussi tarie: de près de 900.000 migrants en 2015, elle est passée l'an dernier à 42.000 entrées (Syriens, Irakiens et Afghans) selon Frontex. En 2016 en effet, un accord contesté a été passé entre l'UE et Ankara pour renvoyer les arrivants en Turquie.

En revanche la route Maroc-Espagne, quasi-abandonnée jusqu'en 2000, monte en puissance: 23.000 traversées l'an dernier (Marocains, Algériens et Ivoiriens essentiellement).

Cette route "de la Méditerranée occidentale" est d'ailleurs aujourd'hui en passe de devenir la principale voie d'accès à l'Europe: depuis le début de l'année, 17.522 personnes sont arrivées par l'Espagne, contre 16.452 par l'Italie, et 13.120 par la Grèce, selon le HCR.

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Quid des routes secondaires?

Des routes secondaires existent, notamment par les Balkans occidentaux, pour relier la Grèce aux pays d'Europe de l'est. Selon Frontex, 12.000 personnes ont emprunté cette route l'an dernier (Pakistanais, Afghans et Irakiens notamment). En 2015, 760.000 personnes l'avaient prise.

Attention toutefois: cette route recoupe celle des migrants déjà passés par la Turquie et la Grèce, et les chiffres ne s'additionnent pas forcément.

Par ailleurs, les routes évoluent: selon une note de l'ambassadrice de France en Slovénie que l'AFP a pu consulter, "une nouvelle route migratoire est constatée depuis le début de l'année" depuis la Grèce, passant par l'Albanie, la Croatie et la Slovénie, avec près de 1.800 franchissements entre janvier et mai.

Pour réussir à franchir la frontière, alors que l'Europe intensifie ses efforts pour contenir les arrivées, l'inventivité est vaste: on a ainsi vu, en 2015, apparaître brièvement une "route de l'Arctique" entre la Norvège et la Russie, empruntée chaque jour à vélo par une centaine de migrants.

Quels trajets en Afrique?

Selon les pays d'origine, les parcours ne sont pas les mêmes, mais peuvent durer des années, sur des routes qu'illustrent les cartes de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Un Somalien parti de Mogadiscio pourra ainsi passer par Addis Abbeba, Khartoum, Le Caire puis Tripoli avant de gagner l'Europe.

Un Ivoirien pourra transiter, depuis Abidjan, par Ouagadougou, Niamey, Agadez et Sebah en Libye.

Au départ de Monrovia, un Libérien pourra passer par Bamako, Gao, Tamanrasset en Algérie et Ceita avant une traversée vers l'Espagne...

Combien de morts?

Le HCR chiffre à 16.607 le nombre de morts et de disparus en mer depuis 2014.

A ces chiffres il faut ajouter le bilan de la traversée du désert, sur la route menant à la Libye: selon l'OIM, "il y a probablement autant de morts dans le Sahara qu'en mer Méditerranée". L'an dernier, des élus nigériens avaient parlé de "véritable cimetière à ciel ouvert".

L'ONG néerlandaise United for intercultural action, qui compile l'identité des victimes, estime ainsi à "au moins 34.361" le nombre total de migrants morts en tentant de gagner l'Europe depuis 1993. "Des milliers d'autres n'ont jamais été retrouvés", selon elle.

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