Nendaka contre-attaque

Hubert Leclercq Publié le - Mis à jour le

Monde L'ex-chef de la sécurité congolaise en 1961, n'a pas apprécié le huis clos qui lui a été imposé par la commission Lumumba

BRUXELLES Victor Nendaka Bika est un personnage clé du dossier Lumumba.
L'homme, qui était chef de la sécurité congolaise au moment de la mort du Premier ministre Patrice Lumumba, en janvier 1961, reconnaît que c'est lui qui est allé chercher le prisonnier à Thysville. `Il était devenu dangereux de le laisser au camp Hardy. Moi, je voulais ramener Patrice Lumumba à Léopoldville´, explique-t-il quelques jours après son premier passage devant les membres de la commission parlementaire chargée d'étudier les responsabilités belges dans la mort de Patrice Lumumba.
Si Victor Nendaka a accepté de parler, c'est qu'il craint de se faire `piéger´, selon ses termes, par la commission Lumumba et qu'il ne comprend pas pourquoi, les parlementaires belges lui ont imposé un huis clos lors de sa confrontation avec Jonas Mukamba, le commissaire adjoint à l'Intérieur qui a accompagné Lumumba lors de son transfert à Elisabethville. Voyage qu'il effectuera avec quelques soldats kasaïens et avec le commissaire général à la Défense Ferdinand Kazadi.
Pourquoi cette crainte? `Parce qu'on a trop souvent cherché à me faire passer pour le bouc émissaire dans ce dossier Lumumba. Moi, j'étais fonctionnaire, j'exécutais les ordres. Je dépendais toujours de mes supérieurs hiérarchiques.´
Pour prouver ses dires, l'homme à l'éternel sourire malicieux, explique ainsi: `J'ai établi le billet d'écrou pour incarcérer Lumumba à Léopoldville, mais je n'ai jamais pu obtenir l'accord du procureur général.´
Si la responsabilité n'est pas dans le camp de Victor Nendaka Bika, où se situe-t-elle? La réponse ne tarde pas! `L'histoire est très simple. Le 16 janvier, le ministre D'Aspremont Lynden a donné l'ordre à Tshombe d'accueillir Lumumba. Kasa Vubu a accepté ce transfert parce qu'il pensait, tout comme moi, qu'au Katanga, Lumumba ne serait pas tué. Chez nous, il n'était pas dans nos coutumes de tuer nos adversaires, c'était le règne de la palabre sous le baobab.´`Quand on a appris que Tshombe accueillerait Lumumba, les plans d'évacuation de trois prisonniers ont été modifiés par André Lahaye (NDLR: agent de la Sûreté qui deviendra conseiller du commissaire général de l'Intérieur Damien Kandolo et qu a été entendu à huis clos par la commission). J'ai conservé ce document´, explique M. Nendaka en brandissant la feuille manuscrite. `Je l'ai remise à la commission et je l'ai même montrée à André Lahaye lui-même. Initialement, Mukamba devait s'envoler vers Bakwanga ( NDLR: capitale du kasaï sécessionniste) dans un DC 3 avec des dignitaires et des soldats balubats. C'est pour cela que ce sont ces militaires du Kasaï qui ont accompagné Lumumba à Elisabethville. Au dernier moment le plan a été changé et seul un avion est parti en direction du Katanga. Tout est inscrit sur la feuille de Lahaye.´
Victor Nendaka est appelé à repasser devant la commission Lumumba, après sa première audition tronquée qu'il compare lui-même à `un hors d'oeuvre´.
Pourquoi la Belgique aurait-elle cherché à faire porter le chapeau à M. Nendaka? `Moi, je ne les intéresse pas ´, explique l'homme faussement modeste. Ce qu'il leur faut, c'est protéger les hommes qui ont collaboré avec la Belgique pour l'élimination de Lumumba. Les commissaires généraux et Kasa Vubu étaient les gens de la Belgique. ´
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