Monde Ingrid Betancourt luttait contre la corruption et pour la démocratie en Colombie

Paris «A ma mère, je veux dire qu’elle n’est pas seule et qu’il y a beaucoup de monde qui lutte pour les otages de Colombie », a lancé jeudi, la voix entrecoupée de sanglots, Mélanie, lors d’une cérémonie à Paris marquant le 4e anniversaire de l’enlèvement d’Ingrid Betancourt.

Mélanie Delloye, son frère Lorenzo et des dizaines d’autres personnes se sont retrouvés à cette occasion sur le Pont des Arts à Paris pour jeter les pétales de plus de 5.000 roses dans la Seine, tandis que s’élevait le chant des prisonniers du «Nabucco » de Verdi.

Sur le fleuve, une péniche allait et venait, toute sirène hurlante, avec une banderole sur laquelle on pouvait lire: «Des preuves de vie maintenant », une demande faite à la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie qui a enlevé Ingrid Betancourt le 23 février 2002 dans le sud de la Colombie avec sa directrice de campagne Clara Rojas.

«Il y a plus de 5.000 roses de Colombie car on estime qu’il y a plus de 5.000 otages dans ce pays. C’est un geste pour relier la France à la Colombie » et «Ingrid aimait le Pont des Arts », a expliqué Fabrice Delloye, ex-époux d’Ingrid Betancourt et père de Lorenzo et de Mélanie.

«Au bout de quatre ans, on n’en peut plus, c’est trop, trop longtemps et tout cela parce qu’une poignée d’hommes » ne peuvent s’entendre, a aussi dit Mélanie, 20 ans, d’une ressemblance saisissante avec sa mère. La France, la Suisse et l’Espagne ont proposé le 13 décembre la création d’une zone démilitarisée sous contrôle international dans le sud-ouest de la Colombie pour négocier un accord humanitaire visant à un échange de prisonniers dont Ingrid Betancourt.

Le président Alvaro Uribe a donné son accord mais les Farc ont refusé, excluant tout échange avec M. Uribe et espérant un changement lors de l’élection présidentielle de mai.

Dans un message «de solidarité » diffusé jeudi à l’aube en espagnol par la radio colombienne Radio Caracol, le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a demandé aux Farc de libérer «tous les otages dont Ingrid Betancourt ».

Le président Uribe «a créé une guerre totale en Colombie qui rend impossible un dialogue pour la paix », a dénoncé Mélanie Delloye. Quant aux Farc, «je considère que c’est le moment de faire un geste significatif qui montre qu’ils sont réellement prêts à un accord humanitaire », ajoute-t-elle.

Ce geste, l’ex-mari d’Ingrid Betancourt veut y croire, tout comme il veut croire à la possibilité d’une nouvelle vidéo qui donnerait la preuve que l’otage est toujours en vie. «Au mois de mai, ça fera trois ans qu’on n’a pas de nouvelle d’Ingrid. On n’a pas vu son visage, on ne l’a pas écoutée, on ne sait pas comment elle se sent », dit-il.

«Un pays ne peut se dire démocratique quand il a des milliers d’otages dans la jungle », a affirmé pour sa part Anne Hidalgo, adjointe au maire socialiste de la capitale.

Des Parisiens anonymes s’étaient joints à cette cérémonie d’hommage à Ingrid Betancourt, comme cette retraitée qui expliquait: «Je ne la connais pas mais elle luttait pour la démocratie et contre la corruption. Cela me suffit ».