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Selon le journal néerlandais Algemeen Dagblad, la branche néerlandaise de l'association Oxfam avait connaissance depuis 2012 du fait que des collaborateurs de l'organisation britannique du même nom avaient eu recours à des prostituées en Haïti. Oxfam Novib, basée à La Haye, avait alors reçu le rapport interne qui faisait état des comportements inadéquats de collaborateurs envoyés sur place par l'ONG britannique. Elle devait se pencher sur l'éventualité du mauvais usage, dans ce cadre, d'argent d'origine néerlandaise. Il a été conclu que ce n'était pas le cas.

Farah Karimi, directrice d'Oxfam Nederland, indique qu'elle ne pouvait pas à l'époque communiquer publiquement sur ces informations, car il s'agissait d'une affaire britannique. Le rapport a en revanche été transmis au ministère de l'Intérieur et à la Cour des Comptes.

Le rapport public mentionnait des comportements inadéquats de nature sexuelle, mais de manière bien plus vague.

De nouvelles accusations au Soudan du Sud

Après Haïti et le Tchad, le scandale entourant l'ONG Oxfam s'est étendu avec de nouvelles accusations, de viol contre certains de ses employés au Soudan du Sud ou d'abus sexuels au Liberia, mettant en cause le fonctionnement de ce type d'organisation.

Helen Evans, directrice de la prévention interne à Oxfam entre 2012 et 2015, a dénoncé sur Channel 4 l'existence d'une "culture d'abus sexuels au sein de certains bureaux", faisant état de viols ou tentatives de viols au Soudan du Sud ou d'agressions sur des mineurs bénévoles dans des magasins de l'ONG au Royaume-Uni.

Ces nouvelles accusations ont surgi après des révélations sur le recours à des prostituées et de potentiels abus sexuels par certains agents d'Oxfam au Tchad et en Haïti, où le président Jovenel Moïse a dénoncé mardi une "violation extrêmement grave de la dignité humaine". Des représentants de l'ONG y sont convoqués jeudi par le ministère haïtien de la Planification et de la Coopération externe pour fournir des explications.

Un cadre propice aux abus

A la suite de ces accusations, la secrétaire d'Etat britannique au développement international, Penny Mordaunt, a écrit à toutes les ONG pour leur demander de renforcer leurs procédures de contrôle.

Pour Mike Jennings, directeur des études sur le développement à l'Ecole des Etudes Orientales et Africaines de Londres, les situations d'urgence constituent un environnement propice aux abus. "Vous avez des personnes extrêmement vulnérables, qui ont tout perdu bien souvent, et d'autres qui ont accès à beaucoup de ressources, ce qui leur donne du pouvoir", explique-t-il à l'AFP.

Il estime que les ONG doivent concilier deux objectifs contradictoires, entre la nécessité de mettre en place de procédures internes de contrôle, et les attentes des donneurs.

"Beaucoup de gens disent qu'elles dépensent trop d'argent pour l'administration, et pas assez sur le terrain", souligne-t-il. "Mais pour éviter ce type de comportement, vous devez mettre en place des contrôles. Et ça coûte de l'argent".

'Pratique courante'

A Londres, des habitués des magasins Oxfam ne semblaient pas tenir rigueur à l'ONG. "C'est comme une branche d'une chaîne de magasins, ce n'est pas le tout", estime Richard.

Pourtant, les abus sexuels sont "une pratique courante" dans le milieu humanitaire, a dénoncé sur la BBC Megan Nobert, une jeune femme qui avait été droguée et violée par un confrère lorsqu'elle travaillait pour un programme de l'ONU au Soudan du Sud en 2015.

Elle a mis en place une organisation, Report The Abuse, pour rapporter et documenter ces faits, et dit avoir été dépassée par les sollicitations.

"Le communauté humanitaire n'est que la dernière sur la liste", estime-t-elle, dans la lignée du scandale Weinstein ou de la campagne #MeToo. "Elle doit maintenant se pencher publiquement sur un problème qu'elle voulait résoudre discrètement".