Monde Presque toutes ont perdu de la famille et des amis au cours des violences.

Quand Liza Masri évoque les heures les plus sombres de la seconde intifada, les émotions affluent à nouveau, à vif. Elle se souvient des troupes israéliennes qui ont abattu son voisin palestinien pendant qu’il fumait une cigarette sur son balcon, dans leur ville de Naplouse en Cisjordanie occupée. Elle avait 11 ans. "J’ai des flash-back… L’ambulance, la façon dont ils l’ont descendu du bâtiment. […] On était si désemparés", raconte la jeune Palestinienne de 21 ans. "On n’avait pas le droit de marcher dans la rue. Nous avions peur qu’ils nous tuent. Je m’en souviendrai toujours. C’est si douloureux".

Des années plus tard, la fille de son défunt voisin a parlé à Liza de Creativity for Peace, une association de Santa Fe, au Nouveau-Mexique qui rassemble chaque été des adolescentes israéliennes juives et palestiniennes, afin de combler le fossé émotionnel créé par 70 ans de conflits entre leurs peuples.

Une petite vingtaine d’entre elles se retrouvent pendant trois semaines dans un ranch sur des collines boisées au sud des montagnes rocheuses, pour entendre pour la première fois les histoires de ces ennemies qu’elles ont appris à haïr en grandissant.

Lors de ces stages, financés par des fonds privés - sans compter une bourse gouvernementale octroyée en 2015 - les adolescentes partagent leurs expériences du conflit au cours de quarante heures dédiées au dialogue, basées sur la notion qu’un "ennemi est une personne dont on n’a pas entendu l’histoire".

Avec l’anglais comme langue commune, elles font des courses, vont au cinéma, partagent des tâches ménagères, leurs chambres et participent à des ateliers d’art thérapeutique.

Presque toutes ont perdu de la famille et des amis au cours des violences et la plupart n’avaient jamais parlé à des membres de l’autre camp auparavant. "Nous enseignons à ces jeunes femmes que les deux côtés ont raison et tort. Leur tâche ici n’est pas de débattre de politique ou d’histoire, mais de se comprendre les unes les autres et de trouver des points communs", explique Dottie Indyke, la directrice.

"Si chaque fille peut rentrer dans sa famille et changer la manière dont elle voit les choses, alors elle peut changer toute sa communauté", affirme Sana Zahalka, 17 ans. "Ce sont de tout petits pas, mais ils peuvent mener à un pas de géant".