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Le djihadiste Larossi Abballa a-t-il agi seul lors de l'assassinat d'un policier et de sa compagne dans leur pavillon de Magnanville (Yvelines) en juin 2016? La question est désormais posée avec la mise en examen lundi d'un proche du tueur, dont l'ADN a été identifié sur la scène du crime.

Mohamed Lamine Aberouz, connu pour sa radicalisation, a été mis en examen pour complicité d'assassinats sur personnes dépositaires de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste notamment, et placé en détention provisoire, conformément aux réquisitions du parquet, selon une source judiciaire.

Il a également été mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste et complicité de séquestration sans libération volontaire d'un mineur de moins de 15 ans, en l'occurrence l'enfant du couple alors âgé de trois ans et demi et présent lors de l'attaque.

Comme l'a révélé le journal Le Parisien, l'empreinte génétique de cet homme de 24 ans "a été retrouvée sur l'ordinateur" du couple, selon des sources judiciaire et proche de l'enquête.

L'enquête doit établir si la présence de son ADN à Magnanville signifie ou non qu'il était présent sur place lors de l'attaque. Et, si oui, a-t-il pu s'enfuir avant l'intervention du Raid qui avait abattu Larossi Abballa?

Ce 13 juin 2016, Jean-Baptiste Salvaing, 42 ans, commandant adjoint du commissariat des Mureaux (Yvelines), et sa compagne Jessica Schneider, 36 ans, agent administratif d'un commissariat voisin, avaient été assassinés à coups de couteau par Abballa, qui avait revendiqué son acte au nom du groupe État islamique (EI) en direct sur les réseaux sociaux.

Mohamed Lamine Aberouz, qui n'est pas fiché S, "faisait partie du cercle restreint de Larossi Abballa", selon une des sources proches du dossier. Son grand frère, Charaf-Diz Aberouz, 31 ans, est lui aussi mis en examen dans ce dossier, soupçonné d'avoir fourni une aide logistique à Abballa.

Larossi Abballa, Charaf-Din Aberouz et Saad Rajraji, 28 ans, également mis en examen dans ce dossier, avaient été tous trois condamnés en 2013 dans une affaire de filière jihadiste entre la France et le Pakistan.

Téléguidé

Le nom du petit frère apparaît déjà dans un autre dossier possiblement en lien avec l'attaque de Magnanville: en septembre 2016, Mohamed Lamine Aberouz a été mis en examen dans l'enquête sur le commando de femmes soupçonné d'avoir préparé un attentat à la voiture piégée près de la cathédrale Notre-Dame à Paris, trois mois après le double assassinat de Magnanville.

Alors compagnon de Sarah Hervouët, une des principales suspectes, il avait été mis en examen pour le délit de "non-dénonciation d'un crime terroriste". Il était le premier en France à être poursuivi sous cette qualification, créée par la loi antiterroriste du 3 juin 2016. Il avait été libéré en janvier 2017 après quatre mois de détention provisoire.

En avril, il avait été à nouveau placé en garde à vue, tout comme Sarah Hervouët et la soeur d'Abballa, cette fois dans l'enquête sur Magnanville.

Selon une source proche du dossier, c'est après cette garde à vue que le rapprochement a été fait entre l'ADN retrouvé sur l'ordinateur et Mohamed Lamine Aberouz.

Les liens entre le double assassinat de Magnanville et l'attentat avorté de ce commando de femmes ont été mis en lumière par les enquêteurs via la figure de Rachid Kassim: considéré comme l'un des propagandistes francophones les plus dangereux du groupe Etat islamique (EI), il était en contact avec Abballa et le commando de femmes via la messagerie cryptée Telegram. Il est suspecté d'avoir téléguidé les deux attaques depuis la zone irako-syrienne où il s'était réfugié.

Sarah Hervouët avait auparavant été la "promise" de Larossi Abballa, puis d'Adel Kermiche, l'un des deux jihadistes qui ont tué un prêtre à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, le 26 juillet 2016.

Quant à Kassim, il a vraisemblablement été tué courant février dans un bombardement de la coalition contre l'EI près de Mossoul, en Irak, selon des sources américaines et françaises.