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La Norvège applique à partir du 1er janvier une loi qui punit les clients de prostituées, une mesure qui s'est révélée efficace dans les pays voisins mais qui fait craindre aux associations une plus grande précarité sociale et financière pour les prostituées


OSLO "Nous pensons que l'achat de sexe est inacceptable et qu'il favorise le trafic d'êtres humains et la prostitution forcée", a expliqué à l'AFP la secrétaire d'Etat à la justice, Astri Aas-Hansen. La philosophie du système étant de reconnaître que les femmes sont les victimes d'un trafic, la prostitution elle-même restera licite.

La loi prévoit que les hommes qui achètent du sexe encourront soit jusqu'à six mois de prison, soit une amende, soit les deux. Dans les cas extrêmement graves, la peine pourra atteindre un an de prison, voire plus s'il s'agit d'une mineure.

Inspirée de la réglementation de la Suède voisine, la loi norvégienne va encore plus loin: elle prévoit aussi de punir les Norvégiens qui achèteront les services d'une prostituée à l'étranger, même si de l'aveu même de la vice-ministre, "ce ne sera pas une priorité pour la police norvégienne".

La presse du royaume rapporte que la prostitution de rue a beaucoup décliné ces derniers mois, mais selon Bjoerg Norli, du centre Pro, le principal groupe de soutien aux prostituées en Norvège, ce n'est qu'une illusion due à l'arrivée de l'hiver.

"Les femmes attendent de voir ce qui va se passer. Elles n'ont pas encore décidé si elles vont s'en aller, s'arrêter, ou s'établir dans une chambre", explique-t-elle à l'AFP. Pour Bjoerg Norli, avec la nouvelle loi, "la plupart des femmes n'auront pas assez de clients réguliers et n'auront plus l'argent dont elles ont besoin".

Les plus exposées, selon elle, sont les prostituées norvégiennes, le plus souvent héroïnomanes, qui cumulent les problèmes de santé et d'exclusion, et dont la reconversion s'annonce très difficile.

Quant aux prostituées étrangères, notamment nigérianes, qui viennent se prostituer en Norvège avec un visa de touristes, "elles vont quitter le pays et continuer à se prostituer ailleurs en Europe. Ce qui ne fait que déplacer le problème", selon Mme Norli.

Autre crainte: que les prostituées, moins visibles, soient plus isolées et exposées à la violence des clients. "C'est le risque", reconnaît la vice-ministre Aas-Hansen. "C'est pour cela que nous avons eu un grand débat en Norvège, et c'est pourquoi nous avons établi un plan d'action qui prévoit d'aider les prostituées".

Le plan prévoit notamment des formations gratuites, une assistance policière et des cures de désintoxication pour les droguées ou alcooliques. Ces dernières années, le racolage dans le centre de la capitale Oslo est devenu plus visible, d'où des appels pour l'interdire.

Dans un pays de 4,5 millions de personnes, les associations estiment entre 2.000 et 3.000 le nombre de prostituées, dont un gros tiers travaille dans la rue. La loi norvégienne est calquée sur une réglementation adoptée en 1999 par la Suède voisine, dont l'efficacité a été saluée par la police mais également par certaines associations.

La Finlande a également adopté une loi similaire en 2006, de même que l'Ecosse en 2007.

© La Dernière Heure 2008