Ségo n’a pas dit son dernier mot

Interview > Caroline Grimberghs Publié le - Mis à jour le

Monde

Une défaite dimanche marquera un coup d’arrêt à la présence de Ségolène Royal à l’avant-scène de la politique française

FRANCE “C’est une campagne difficile, une épreuve, une division dont il faudra analyser les raisons et les motivations.” Ségolène Royal le reconnaît : la campagne pour les législatives est plus rude qu’attendu. Son opposant, dissident socialiste, refuse de se retirer en sa faveur. La première dame affiche clairement son soutien au dit dissident.

Comme d’habitude, Ségolène Royal doit, avant tout, se battre contre les siens. Mathieu Vieira, chercheur au Cévipol (Centre d’Etude de la Vie Politique – ULB) et spécialiste de la vie politique française, n’enterre pas encore Ségolène Royal : elle a plus de sens politique qu’un Fabius, et de rage de vaincre qu’un Bayrou, estime-t-il.

Pourquoi Ségolène Royal cristallise-t-elle autant de haine autour de sa personne au sein de son parti ?

“C’est une combinaison de plusieurs facteurs et, pour bien les comprendre, il faut revenir au début de sa carrière politique. Son style dérange depuis, déjà, le début des années 80, quand elle a intégré l’équipe de conseillers de François Mitterrand. Elle a voulu casser les codes de l’entre-soi socialiste, se démarquer de ce milieu masculin et machiste. Ensuite, elle a assumé une certaine peopolisation de sa vie privée, en convoquant la presse lors de la naissance de sa fille en 92. Cette rupture avec la communication politique socialiste a fortement agacé les caciques du PS. S’ajoute à cela la forte popularité qu’elle a su mobiliser autour de sa personne parmi les militants socialistes en 2007, faisant d’elle la candidate à la présidentielle. Clairement, les cadres du parti qu’étaient alors Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius ont été jaloux de cette désignation.”

En quoi son style se distingue-t-il de celui des éléphants du PS ?

“Il y a d’abord certains éléments de doctrine comme la défense de la démocratie participative, du drapeau tricolore dans les meetings, de l’encadrement militaire des jeunes délinquants… Une série d’idées qui, souvent, sont reprises par d’autres après elle mais qui, au moment de leur émergence dans le débat, sont très critiquées. Pendant la campagne 2012, Hollande a par exemple repris cette idée des symboles nationaux comme le drapeau ou La Marseillaise. Ensuite, elle casse également les codes dans le style de ses interventions. Elle parvient à s’adresser à une catégorie plus populaire, qu’elle a su ramener dans le giron socialiste.”

Une défaite dimanche, serait-ce la fin de sa carrière politique ?

“Il faut être élu député et être membre du groupe socialiste pour pouvoir diriger l’Assemblée nationale donc, clairement, si elle est battue dimanche, elle n’obtiendra pas le perchoir visé. Mais Ségolène Royal est une véritable bête politique, comme le sont Hollande ou Sarkozy : elle sent la politique ! Ce qui n’est pas le cas de quelqu’un comme Fabius par exemple. Nettement, un échec de plus, ça va être compliqué à gérer. Mais en France, les traversées du désert sont fréquentes.”

Hollande président, c’est un avantage ou un inconvénient pour la suite de sa carrière ?

“Un peu des deux. Elle est très soutenue par les deux figures principales de l’exécutif, François Hollande et Jean-Marc Ayrault donc il est probable qu’ils lui ouvrent les portes d’un ministère lors d’un prochain remaniement. L’inconvénient, c’est que François Hollande attache un point d’honneur à la parité, ce qui a provoqué l’arrivée de nouvelles têtes féminines socialistes. Un renouvellement qui pourrait lui être préjudiciable.”

Vous croyez à sa capacité de rebondir ?

“Elle a clairement de moins en moins de dirigeants socialistes derrière elle et ses troupes de Désirs d’avenir se réduisent comme peau de chagrin. Mais depuis le début des années 2000, elle a toujours dû se battre contre son parti, contre son entourage. Et elle a su montrer, pendant la primaire puis pendant la campagne de Hollande, qu’elle avait encore un rôle à jouer à l’avant-scène de la politique française. Et ça, Hollande l’a bien compris. Sa carrière politique est clairement plus derrière elle que devant mais elle peut obtenir un bon ministère dans quelque temps. Peu de femmes ont ce potentiel ministrable et elle reste un pilier de la gauche française. Vu la combattante que l’on a face à nous, elle aura peut-être un genou à terre dimanche, mais pas les deux.”



© La Dernière Heure 2012
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