Monde À Singapour, Donald Trump à l’épreuve d’un sommet hors norme avec le leader nord-coréen Kim Jong Un.

Donald Trump est-il, comme il le répète sur tous les tons, un négociateur exceptionnel ?

Après 500 jours à la tête de la première puissance mondiale, peu d’éléments concrets accréditent cette théorie.

Le sommet avec Kim Jong Un, mardi à Singapour, lui offre une occasion unique de marquer les esprits. Mais le pari est risqué : un échec renforcerait le sentiment que le milliardaire volontiers provocateur n’a ni la discipline ni l’étoffe pour mener à bien des discussions internationales de haut vol.

La Maison Blanche a beau marteler qu’il a "restauré la crédibilité de la parole de l’Amérique sur la scène internationale", une impression de flottement domine et les tensions avec les alliés, en pleine lumière au G7 au Canada, se multiplient.

De fait, depuis son arrivée au pouvoir, l’homme d’affaires de 71 ans a surtout détricoté et démantelé l’héritage de ses prédécesseurs plus qu’il n’a bâti de nouvelles alliances ou esquissé de nouvelles architectures.

Accord de Paris sur le climat, accord de Vienne sur le nucléaire iranien, accord de libre-échange transpacifique (TPP) : le 45e président de l’histoire a plusieurs fois claqué la porte avec fracas au nom de "L’Amérique d’abord".

Le dossier nord-coréen sera-t-il l’exception qui permettra à Donald Trump de redorer son blason sur la scène internationale, voire même, comme l’avancent certains de ses proches, de décrocher un prix Nobel de la paix ? Mardi, dans un hôtel de luxe Singapour, il s’apprête à tenter quelque chose qu’aucun président américain en exercice n’a fait avant lui : négocier en direct avec un héritier de la dynastie des Kim une possible dénucléarisation du régime reclus.

Or il a, sur ce dossier, en permanence, créé la surprise. Scène incroyable, le jeudi 8 mars, à la nuit tombée. Après une rencontre avec Donald Trump dans le Bureau ovale, Chung Eui-yong, conseiller national sud-coréen à la Sécurité, sort devant la Maison Blanche pour annoncer que Kim Jong Un a proposé de rencontrer le président américain.

L’information, qui avait fuité, n’est qu’une demi-surprise. Mais dans la foulée, coup de tonnerre : il précise que Trump a accepté l’idée sur le champ !

Trois mois plus tard, alors que les journalistes du monde entier ont réservé leurs billets pour Singapour, Trump adresse un courrier à Kim lui annonçant que le sommet n’aura pas lieu en raison de "l’hostilité affichée" de Pyongyang.

Le lendemain dès l’aube, alors que l’encre des innombrables analyses décortiquant les raisons de cet immense "fiasco" n’est pas encore sèche, il ressuscite d’un tweet la possibilité d’un sommet.

Ses critiques relèvent qu’il a été beaucoup moins exigeant que ses prédécesseurs avant de s’asseoir à la table de Kim Jong Un. Reste que le monde entier est suspendu à ce tête-à-tête inimaginable il y a un an. Et que les anti-Trump sont partagés - parfois mal à l’aise - sur l’attitude à adopter face à son approche iconoclaste d’un dossier aussi épineux.

Le sommet inspire bars et restos de Singapour

Cocktails Kim, Trump ou Bromance sont proposés.

Tacos El Trumpo ou Homme-fusée, cocktails Bromance, Trump ou Kim

Les cartes des restaurants et bars de Singapour rivalisent d’inventivité à quelques jours du sommet historique entre les dirigeants nord-coréen et américain.

La ville-État du Sud-Est asiatique a toujours tiré une fierté du dynamisme de sa gastronomie, et nombreux sont les établissements à avoir sauté sur l’occasion du face-à-face très attendu qui placera mardi Singapour au centre de l’actualité.

À Lucha Loco, un restaurant mexicain, les clients peuvent opter pour El Trumpo, un taco au steack haché et aux cornichons, ou opter pour l’Homme-fusée, tel que le président américain avait surnommé Kim Jong Un, un taco avec du poulet frit à la coréenne.

Chez Sinfonia, un restaurant italien plus raffiné, où on dîne pour au minimum 138 dollars singapouriens (87 euros), on a mis l’accent sur le leader nord-coréen.

Spécialement créé pour l’occasion, le menu R.B.W (pour red, blue and white, rouge, bleu et blanc, couleurs communes aux drapeaux américain et nord-coréen) propose du bœuf japonais de haute qualité et du caviar, deux plats dont Kim Jong Un raffolerait.

À Hopheads, un bar proche de la rue commerçante de Orchard Street, propose le cocktail Bromance - ou romance fraternelle - où se mélange la bière, la téquila, le diet Coke et le soju, un alcool coréen.

Un peu plus loin, à l’Escobar, on peut aussi déguster pour 12,60 dollars singaouriens un Trump, breuvage bleu à base de bourbon, ou un Kim, cocktail rouge à base de soju.

L’addition risque d’être salée
© D.R.

Il est fort probable que la Corée du Nord, visée par de nombreux trains de sanctions, n’aura rien à payer.

Peu habituée à payer la douloureuse, la Corée du Nord devrait cette fois laisser Séoul ou Singapour régler l’addition probablement faramineuse de sa participation au sommet.

Les deux protagonistes doivent vraisemblablement séjourner dans des hôtels de très haut standing. Et il est fort probable que la Corée du Nord, visée par de nombreux trains de sanctions, n’aura rien à payer. "Pyongyang est habitué à ce que les autres paient pour tous les engagements diplomatiques du régime reclus", explique Sung-Yoon Lee, de l’École Fletcher de droit et de diplomatie de l’université américaine Tufts.

Le week-end dernier, le ministre singapourien de la Défense Ng Eng Hen a déclaré que son richissime gouvernement était prêt à prendre en charge certaines des notes de frais nord-coréennes, afin de prendre sa part à cette "réunion historique".

L’addition risque d’être salée car la délégation nord-coréenne ne descendra pas dans la première auberge.

Imposant édifice colonial sur le front de mer, l’hôtel Fullerton, un cinq étoiles, propose par exemple une suite présidentielle à 6.000 dollars la nuit qui pourrait convenir à Kim Jong Un, dont le goût pour le luxe n’est un secret pour personne.

À défaut, le jeune leader pourrait se rabattre sur le St. Regis, qui met à disposition des majordomes et une flotte de Bentleys. La nuit dans la suite présidentielle va chercher dans les 6.700 dollars. L’établissement possède en outre une collection privée de plus de 70 œuvres d’art, avec Picasso et Miro en tête de gondole.

La question se pose aussi de savoir comment Kim Jong Un et son entourage rallieront Singapour. M. Trump peut compter sur Air Force One, dont la portée est de 13.000 km. Mais Air Force Un (comme Kim Jong Un), comme est surnommé par la presse internationale l’Iliouchine-62 du régime nord-coréen est un appareil de fabrication soviétique vieillissant. Et les experts en aéronautique doutent de sa capacité à voler jusqu’à Singapour. Kim Jong Un pourrait devoir se faire emmener par quelqu’un d’autre, ou louer un appareil.