Monde Et si la compagnie délocalisait de Charleroi vers un pays comme la Pologne ?

Tant à Charleroi qu’à Eindhoven, les pilotes de Ryanair - chemise blanche, pantalon marine - ont manifesté leur mécontentement en s’asseyant dans le hall de l’aérogare, peu fréquenté au demeurant.

Vendredi, la première grève européenne des pilotes de la compagnie à bas coût a été, globalement, un succès : en Allemagne, Suède, Irlande, Belgique et aux Pays-Bas, elle a conduit à 400 annulations de vols, touchant plus de 55.000 passagers… dûment avertis. Seul bémol : quelques pilotes étrangers, dont certains Belges, ont fait décoller des avions à Eindhoven, des contractuels, ou faux indépendants, qui n’avaient guère le choix.

C’est l’un des piliers du système Ryanair aujourd’hui contesté de manière visible tant pour la clientèle que pour les mondes politique et économique. "L’entreprise a une réputation à tenir, observe Thierry Bouckaert, directeur général de l’agence Akkanto, et pour ça, Ryanair fait un sans-faute depuis des années, rien qu’avec une communication marketing sur les avantages qu’on peut avoir chez eux en tant que client. Ici, je pense qu’ils sous-estiment l’effet qu’une crise peut avoir sur eux."

Tache d’huile

D’autant que le malaise s’approfondit au fil du temps. Les pilotes irlandais ont arrêté le travail du 11 au 14 juillet, puis ce fut le personnel navigant commercial qui, dans plusieurs pays, dont la Belgique, croisa les bras, les 25 et 26 juillet, maintenant les pilotes dans cinq pays européens, avant de nouvelles actions, peut-être, en septembre. Selon Thierry Bouckaert, pour faire du bon business, il faut du matériel (ici des avions, des bases opérationnelles, etc.), du personnel et une réputation. "En entreprise, il y a une communication interne, de haut en bas, mais aussi de bas en haut. O’Leary n’a-t-il rien vu venir ? Toujours est-il qu’il s’est fait lâcher par une partie de son personnel, et son business model est mis à mal."

Directeur de l’agence Minale Design Strategy, Gwenaël Hanquet estime lui aussi que, jusqu’à un certain point, le modèle Ryanair est cohérent, en ce sens où, depuis le début, il garde le cap initial. Dès lors, lui qui a travaillé à la stratégie de marques comme Brussels Airlines ou Luxair, s’étonne : "Ce qui est hallucinant, c’est la capacité du consommateur à accepter ce positionnement. Les gens critiquent le système tout en y contribuant et en continuant à le suivre."

Des vols pas chers qui ne décollent pas

Mais les conflits internes, la situation intolérable de certains personnels, inéquitable pour d’autres, apparaît au grand jour et touche la clientèle. "Plus on continue à mettre des gens dans l’embarras, plus le système est remis en cause", estime Gwenaël Hanquet. "Si on promet des vols pas chers mais qui ne volent pas, ça coince", renchérit Thierry Bouckaert.

À partir de là, quelles sont les portes de sortie de la crise ? Tout en reconnaissant l’hypocrisie des milieux d’affaires et politiques - "ce que fait Ryanair du point de vue économique arrange tout le monde" -, le directeur d’Akkanto estime que Ryanair "pourrait faire un grand pied de nez aux autorités wallonnes, en délocalisant toute l’activité vers un pays plus accueillant comme la Pologne".