Monde Le `Nelson Mandela d'Asie´ pourrait mener son peuple vers l'indépendance

DILI Le Timor Oriental revient dans l'actualité. Les élections présidentielles du 14 avril approchent à grands pas. Jusque-là rien d'extraordinaire direz-vous. Et pourtant, l'homme qui sera élu aura le privilège de conduire son peuple vers l'indépendance le 20 mai prochain. Cela est d'autant plus extraordinaire si l'homme qui est élu est le leader charismatique de tout un peuple.

Xanana Gusmao, 56 ans, est ce leader. Il mena la guérilla timoraise au combat face à l'ogre indonésien qui a annexé le territoire laissé à l'abandon par les Portugais en 1975.

L'ambition indonésienne était de mettre la main sur le champ pétrolifère de la mer de Timor. Pour y parvenir, tout a été mis en oeuvre: massacres, tortures et génocide. D'une population d'environ 750.000 personnes, 250 à 350.000 ont disparu!

En 1992, Gusmao a été arrêté et condamné à la prison à perpétuité par l'Indonésie. C'est à ce moment que l'homme a pris la dimension charismatique. Il est devenu mythe pour tout un peuple.

En 1996, c'est à lui qu'aurait dû être attribué le Prix Nobel de la Paix. Mais pour ne pas trop fâcher la toute puissante Indonésie, c'est Monseigneur Belo, évêque de Dili, et José Ramos Horta, ministre des affaires étrangères en exil, qui l'ont reçu. L'histoire était en marche et après 20 années d'oppression, le peuple timorais entrevoyait un espoir. C'est en 1999 que cet espoir a été concrétisé avec le vote pour l'indépendance, un vote qui déclenchera un véritable bain de sang que seule l'intervention des Nations des Unies a permis de maîtriser.

Ce vote a été synonyme de libération et de retour au pays pour Xanana. Le petit journaliste devenu guérillero a été accueilli en triomphateur. Un triomphateur qui verra, sous la tutelle de l'ONU, son parti le FRETILIN (front de libération du Timor Oriental) gagné les premières élections législatives l'an dernier.

La route vers la présidence était dès lors toute tracée pour le `Robin des bois´ timorais. Pourtant l'homme est humble. Jusqu'au dernier moment, il hésitera à se présenter. En 1983, dans le maquis il promettait: `Je ne serai jamais président pour que ma conscience ne porte pas le poids d'un doute. Celui que, peut-être, je mène cette lutte sanglante pour être chef d'Etat un jour´.

Mais la ferveur populaire a été plus forte que ce serment et, à quelques heures de la clôture du dépôt des candidatures, soutenu par onze des seize partis timorais, Gusmao a craqué. Il affrontera Xavier Do Amaral lors d'un scrutin dont l'issue ne fait pas beaucoup de doute. Michaël Kaibeck