Monde Diffusée chaque semaine sur Canal+, l'émission de Thierry Ardisson "Salut les terriens" a reçu samedi dernier une invitée exceptionnelle: la journaliste Anna Erelle (prénom d'emprunt), auteure du livre "Dans la peau d'une djihadiste". 

Le contenu du livre est si sensible que le public a dû quitter le plateau le temps de l'interview et ce, afin de protéger l'anonymat de la jeune femme.

Alors qu'elle travaille comme pigiste, cette journaliste a l'idée de créer un faux compte Facebook afin d'infiltrer le milieu djihadiste de l'Etat islamique. Pour y parvenir, elle commence à partager des vidéos du groupe terroriste. Rapidement, Abou Bilel, l'un d'entre eux, la contacte et lui demande ce qu'elle pense des Moudjahidin, ceux qui font le djihad. Voyant qu'elle semble intéressée, il veut également savoir si elle serait prête à venir en Syrie. La journaliste lui répond alors qu'elle vient juste de se convertir. Ensemble, ils organisent sa hijra, autrement dit "l'abandon de sa terre pour celle des musulmans s'ils sont en danger".

Face à cet homme, la journaliste a alors tout le loisir de comprendre comment ils parviennent à recruter des combattants en Europe. Elle pointe plusieurs techniques.

1. Les membre de Daech promettent au futur combattant qu'il sera un héros. "Il n'y a pas qu'un type de djihadiste, mais la force de Daech, c'est de leur dire 'regardez je m'intéresse à vous. C'est peut-être la première fois qu'on s'intéresse à vous'. On leur offre du dépaysement et un idéal parce que les vidéos de propagande de l'Etat islamique sont extrêmement bien réalisées. On y présente la Syrie comme un pays calme. A certains moments, ils publient également des vidéos d'entraînements qui pourraient faire rêver un adolescent ou un jeune adulte féru de jeux vidéos".

2. Le futur membre est culpabilisé. "Si tu restes au milieu des infidèles, tu brûleras en enfer", résume Thierry Ardisson. "Ils sont prêts à tout pour tenter de me faire venir. Ils me font des promesses d'horreurs si je reste en France. Dans mon profil, j'ai mis que j'avais 20 ans et, tout à coup, un homme qui a deux fois mon âge me promet des horreurs si je reste en France et une carte postale si je pars là-bas".

La psychologie d'un djihadiste

Celui avec qui elle est en contact se vante et lui explique que beaucoup de femmes fantasment sur les "guerriers d'Allah". "En vérité, les Syriennes les détestent, mais ils ne peuvent pas le dire", précise aussitôt la jeune femme. "Donc ils inversent le problème, c'est nous qui devrions être fiers de venir. Ils nous mettent dans la tête que c'est nous qui voulons venir alors que c'est eux qui nous appellent".

Anna Erelle explique que son recruteur a tenté de l’appâter avec des arguments spéciaux. Il lui affirme qu'elle aura beaucoup de copines et que "la mode là-bas, c'est d'avoir une ceinture d'explosifs autour de la taille. C'est fou, il trouve ça génial que les femmes fassent ça". 

Au-delà de ses propos, c'est également son look et ses goûts qui l'ont beaucoup étonnée. En effet, celui qui est présenté par Daech comme un émir, le combattant français le plus proche du leader du mouvement, fait très attention à son apparence. "Il adore la mode, il a du gel dans les cheveux, des Ray-Ban. Il se dit anti-capitaliste mais il adore les parfums de grandes marques. Il aime beaucoup les produits français qui lui manquent. Il veut de l'argent, des ordinateurs portables".

A un moment, il lui dit qu'elle est mariée et qu'elle doit choisir sa dot. "Mais qu'est-ce que tu crois mon bébé, ici, moi je suis Tony Montana, sauf que je ne fais pas dans la drogue, je fais dans la foi". Mais la journaliste a une autre explication : "Il a peut-être essayé de prendre l'autoroute de la fortune mais s'est retrouvé sur celle de la religion par défaut. Du coup, j'ai vu chez lui un sentiment de revanche et une aigreur par rapport à l'Occident". 

Au bout de plusieurs mois d'enquête, elle finit par apprendre à son "recruteur" qu'elle ne viendra pas en Syrie. Elle commence à recevoir des menaces. Elle est alors contrainte de changer de numéro de téléphone. Pire, elle apprend qu'une fatwa (un avis juridique) a été émis contre elle. "Tuez-la, à condition que sa mort soit lente et douloureuse. Elle est plus impure qu'un chien, violez-la, lapidez-la et achevez-la". Au vu de ces propos glaçants, l'on comprend mieux pourquoi la jeune femme est obligée de témoigner à visage caché... Mais elle l'assure, si c'était à refaire, elle n'hésiterait pas une seule seconde.