Tunisie: le gouvernement de transition ébranlé par quatre démissions

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Monde

Par ailleurs, l'opposant Moncef Marzouki, forcé à l'exil en France depuis une vingtaine d'années, est rentré mardi en Tunisie


TUNIS A peine formé, le gouvernement tunisien d'union nationale est contesté. Quatre de ses membres ont annoncé leur démission mardi, tandis que dans les rues de Tunis environ 200 personnes ont manifesté contre le maintien de ministres de Ben Ali à des postes clefs et celui de Mohamed Ghannouchi à la tête de l'exécutif.

Par ailleurs, l'opposant Moncef Marzouki, forcé à l'exil en France depuis une vingtaine d'années, est rentré mardi en Tunisie, où il entend se présenter à la future élection présidentielle. Il a reçu un accueil chaleureux de ses partisans, dont certains l'ont porté sur leurs épaules à l'aéroport de Tunis. Il comptait se rendre à Sidi Bouzid (centre-ouest), d'où était partie à la mi-décembre la «révolution de Jasmin» qui a abouti à la chute de Zine el Abidine ben Ali vendredi soir.

M. Moncef, président du Congrès pour la République (CPR, non reconnu) et ex-président de la Ligue tunisienne de défense des droits de l'Homme (LTDH), a exhorté les Tunisiens à rester fermes pour écarter du pouvoir le parti du président déchu Ben Ali, le RDC (Rassemblement constitutionnel démocratique), dont il réclame la dissolution. «Ne laissez personne vous voler cette révolution bénie», a-t-il lancé, appelant à ce que «la révolution populaire soit pacifique afin de préserver cette liberté et de s'écarter des règlements de comptes et de la vengeance».

Les manifestations violemment réprimées par la police qui ont abouti au départ du président Ben Ali ont fait 78 morts parmi les civils, selon le bilan officiel, qui mentionne aussi un nombre non précisé de morts dans les forces de sécurité.

La dissolution du RCD et le départ des ministres RCD étaient également les revendication des manifestants qui ont défilé mardi à Tunis et dans des régions de l'intérieur dont Menzel Bouzayane, près de Sidi Bouzid, selon le syndicaliste Mohamed Fadhel.

Plusieurs Tunisiens contactés par l'Associated Press ou parlant à la radio trouvaient cependant cette position trop «radicale». «Il faut faire confiance à ce gouvernement qui est composé d'hommes et de femmes intègres. Il faut les laisser travailler pour que le pays se remette au travail et qu'on puisse dépasser cette période difficile», plaidait ainsi un certain Jamel sur par RTC, la chaîne internationale de la radio tunisienne.

Mais moins de 24 heures après sa formation, le gouvernement de transition est déjà ébranlé de l'intérieur par le départ de quatre de ses nouveaux-venus.

Le secrétaire d'Etat aux Transports, Anouar Ben Gueddour, a annoncé sa démission ainsi que celles de Houssine Dimassi, ministre de la Formation et de l'Emploi, et Abdeljelil Bédoui, ministre auprès du Premier ministre. Tous trois appartiennent à la centrale syndicale UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens). «Ce gouvernement n'existe pas pour nous parce qu'il fait fi de la volonté du peuple», a accusé lors d'une conférence de presse le patron de l'UGTT, Abdessalem Jrad, cité par l'agence de presse gouvernementale TAP.

Le chef du Forum démocratique pour les libertés et le travail (FDLT/opposition légale), le Dr Mustapha Ben Jaâfar, devenu lundi ministre de la Santé publique, a également rendu son portefeuille, selon l'avocat Hédi Raddaoui, membre du FDLT lui aussi. M. Ben Jaâfar était, lui, injoignable.

En revanche, la nouvelle ministre de la Culture Moufida Tlatli, qui avait déclaré à l'AP avoir pris «la décision de principe» de démissionner, a finalement prêté serment mardi, a déclaré à l'AP son gendre Mourad Chassei, joint par téléphone.

De son côté, Adel Chaouch, chef du mouvement Ettajdid de l'opposition légale (Le Renouveau, ancien Parti communiste), a apporté un «démenti catégorique» aux rumeurs de sa démission, même si le bureau politique du mouvement a conditionné son maintien à plusieurs revendications, dont le départ des ministres reconduits appartenant au RCD. M. Chaouch a déclaré qu'il se contenterait éventuellement de du «retrait de leur adhésion à ce parti».

Ettajdid réclame également le gel des avoirs et des comptes bancaires du RCD, qu'il considère comme «des biens du peuple». De son côté, Moncef Marzouki appelle l'Arabie Saoudite à livrer à la Tunisie Zine el Abidine ben Ali afin qu'il puisse «être jugé et de récupérer l'argent du peuple».

A son arrivée à Tunis mardi, M. Moncef a en particulier exigé le départ du gouvernement de transition du ministre de l'Intérieur, Ahmed Friaâ, membre du RCD, «afin d'éviter toute manipulation de la volonté populaire» lors des élections. Il a jugé «nécessaire de désigner une personnalité nationale indépendante à la tête du ministère de l'Intérieur pour superviser l'opération électorale».

Appelé à la rescousse deux jours avant la chute du président Ben Ali, M. Friaâ avait occupé plusieurs postes ministériels du temps de la domination écrasante du RCD.

L'élection présidentielle, qui selon la Constitution doit se tenir dans les 60 jours suivant l'investiture du président par intérim, en l'occurrence d'ici au 15 mars, ne devrait pas avoir lieu avant six mois, a déclaré le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, promettant des «élections libres, transparentes et contrôlées par une commission indépendante». La cheffe du Parti démocratique progressiste (PDP), Maya Jrbi, a affirmé à l'AP que le report des scrutins avait été proposé par l'opposition.



© La Dernière Heure 2011

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