Vivre avec le salaire minimum grec ? Impossible... ou presque

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ATHENES “C’est l’euro qui nous a tués !” Le cri est ulcéré. Il n’a aucune autre légitimité que celle du cœur, et du portefeuille. Pas du nôtre, celui des Grecs. Vous pourrez l’entendre à tout café hellénique de Belgique comme d’ailleurs.

La Grèce n’a jamais eu un salaire moyen élevé. On le chiffre, actuellement, à 803 €. À peine 217 € de plus que les 586 € brut auxquels vient d’être plafonné le salaire minimum légal (- 22 %).

Dans un pays où 25 % des 11.000.000 d’habitants qui le composent (comme la Belgique) vivent avec moins de 20.000 € annuels, la situation flirte de plus en plus avec l’intenable. Les Grecs sont appauvris. Dangereusement.

À côté, le pouvoir d’achat sarkozyen est presque abyssal, alors que, plus que la France encore, l’économie grecque a toujours été, historiquement, centrée sur la consommation. “Les salaires, en Grèce, n’ont jamais été pharaoniques, assène Kosta, Grec de 61 ans résidant en Belgique depuis ses 12 ans. Mais du temps de la drachme, poursuit-il, mélancolique, le coût de la vie, au pays, était autrement moins cher qu’aujourd’hui. C’était cohérent. Aujourd’hui, la vie en Grèce est aussi chère qu’en Belgique. Sans que les revenus ne suivent. Il n’y a aucune cohérence. Faites vos courses dans un supermarché grec, du style Marinopoulos, puis faites le plein. Je vous mets au défi de trouver plus de dix euros d’écart à produits identiques que si vous alliez chez Carrefour puis Shell…”

La piste est intéressante. Creusons-la. Préalable : en Belgique, d’après une étude du Service public fédéral Économie, le salaire brut mensuel belge moyen est de 3.027 €. C’est à nuancer, puisqu’un salarié sur deux touche moins de 2.640 € brut par mois. Le RMMMG (revenu minimum mensuel moyen garanti) ici ? Plus de 1.440 € brut pour une activité à temps plein, bien qu’il ne soit plus régi par la loi. Bien plus du double de ce que la Grèce estime suffisant pour vivre. Vivre, ou survivre ?

Une fois sorti de l’aéroport de Thessalonique, si une petite faim vous prend, le menu, chez Goodie’s, le McDo local, vous reviendra à 7 €. On paye la même chose pour un Maxi Menu chez Quick. Un frappé (café glacé), au cœur de la ville, dans un endroit même pas branché ? 3 euros cinquante bien tancés. Il faut faire le plein pour poursuivre le périple : 1,72 € le litre de Super 95. Pour 1,66 € ici. Un paquet de cigarettes ? 4 €. Un peu moins cher qu’en Belgique– même si l’on trouve également des paquets à 3,99 € ici –, mais certainement pas deux fois. Le pack de six Amstel, la Jupiler locale, coûte quelques cents de moins. Si peu. On pourrait continuer, mais vous avez compris : vivre en Grèce avec 586 € (ou 803 €) par mois est peut-être possible. Bien vivre ne l’est plus. Combiner deux boulots n’est presque plus optionnel, alors qu’il n’y a que peu d’emplois.

Qu’on veille bien au poids réel qu’on donne aux mots “rigueur” et “austérité”, mitraillés tous azimuts par nos contrées...

Alexis Carantonis

© La Dernière Heure 2012

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