Voilà pourquoi Mélenchon séduit

Hubert Leclercq Publié le - Mis à jour le

Monde

La gauche de la gauche attendait ça depuis Georges Marchais

PARIS Les moins de 30 ans n’avaient jamais vu la gauche de la gauche à pareille fête dans l’Hexagone. En fait, il faut remonter à 1981 et à l’élection de Mitterrand à l’Élysée pour retrouver une formation à la gauche du parti socialiste avec un niveau à deux chiffres dans les sondages. Evidemment, la fin de l’ère Marchais a correspondu à l’éclatement de l’URSS et à la fin d’un certain combat idéologique. Robert Hue, le successeur du bouillant secrétaire général du PCF, a dû affronter de pleine face cette fin inexorable de l’influence des communistes dans l’Hexagone. La faucille et le marteau ont ensuite été remplacés par la besace et le vélo de Besancenot, le postier bobo qui voulait incarner une nouvelle forme de radicalisme de gauche né dans la foulée du nouveau millénaire. Il y eut la Ligue communiste révolutionnaire devenue le Nouveau parti anticapitaliste, une rhétorique plus fréquentable.

Malgré la gouaille, malgré la bonne bouille, le postier n’a jamais atteint les 5 % lors des deux scrutins présidentiels auxquels il a participé en 002 et 2007.

Aujourd’hui, même si le nouveau candidat du NPA est toujours en lice pour le scrutin présidentiel, c’est un transfuge du parti socialiste qui fait les beaux jours de la gauche de la gauche : Jean-Luc Mélenchon.

MÉlenchon est en hausse constante dans les sondages depuis que la campagne a réellement débuté. Pas de quoi remettre en cause le duel entre Sarkozy – Hollande mais Melenchon se rapproche clairement de la barre des 10 % et titille désormais un Bayrou qui n’a pas su imposer son discours dans une campagne que les deux grandes formations ont construite dans la perspective d’un tête-à-tête final au mois de mai entre leurs deux favoris.

Mélenchon, lui, s’est construit sur les ruines du PCF que tout le monde n’a pas oublié dans cette France nostalgique, et par opposition à Marine Le Pen. Mélenchon a donc séduit une classe ouvrière qui attendait un politique qui soit capable de s’adresser directement à elle et qui se sentait de plus en plus mal à l’aise par rapport à la campagne de la fille de Jean-Marie.

Comme le FN, Mélenchon s’inscrit dans la tradition antisystème véhiculée jadis par le Parti communiste, qui faisait remonter la colère du peuple. Mélenchon joue de cette fibre de tribun de la plèbe. Et il joue du registre populiste, avec sa dénonciation des élites, le fameux “Qu’ils s’en aillent tous !” Un populisme estampillé de gauche qui parle à un certain électorat dont le succès fait mal au FN et qui se monnayera fin avril.



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