New-Tech Le régime de Saddam Hussein est tombé. Une autre ère s'ouvre pour les nouvelles technologies en Irak

BAGDAD Dans la capitale irakienne, il est plus aisé d'envoyer un e-mail pour annoncer son retard que de téléphoner. Nasier Kattan, chef d'entreprise, l'a appris à ses dépens. Copropriétaire d'un café, il souffre de l'absence d'un réseau téléphonique local digne de ce nom: « Ma maison est à trois kilomètres mais je n'arrive pas à la joindre», explique Kattan, assis au Café Botan, un café Internet qui a ouvert ce mois-ci.

Magie? Non, son message est envoyé par satellite à un serveur en Grande-Bretagne, puis il revient à Bagdad, dans la boîte à lettres électronique de son épouse. Le système téléphonique irakien est délabré, mais, l'usage d'Internet explose. Depuis que les troupes anglo-américaines ont chassé le régime du dictateur et de sa clique, des dizaines de cybercafés ont ouvert dans la capitale. Les cafés utilisent des liaisons par satellite. Sans devoir vivre totalement dans la clandestinité, Internet était très surveillé par le régime en place. Autant dire que le chat était interdit.

Pas question de perdre plus du temps. La promotion des cybercafés où les clients peuvent surfer, correspondre, participer à des forums de discussion, utiliser la messagerie instantanée ou encore discuter avec des amis à l'étranger au moyen de casques et de micros est totale... Pour exemple, le prix moyen oscille autour de deux dollars de l'heure.

Qui fréquente finalement ces nouveaux espaces de liberté? La plupart sont Irakiens, mais on trouve aussi des hommes d'affaires étrangers et des journalistes qui veulent éviter les coûteuses liaisons satellites. Les cybercafés branchés de Bagdad affirment accueillir entre 50 et 100 clients par jour, dont beaucoup d'entre eux resteraient plusieurs heures. Et la demande serait plus forte de jour en jour...

Finalement, Internet retrouve son message initial: de la liberté pour tous! «Vraiment, on se sent libre», a expliqué Layth Abed al-Samea, un ancien ingénieur en informatique devenu graphiste. «Je dialogue en direct avec ma famille et avec mon cousin qui est au Qatar». Un pays se reconstruit avant tout par sa capacité à communiquer avec le monde.

© La Dernière Heure 2003