New-Tech Une journaliste a demandé à Tinder les données que la firme possède sur elle. 800 pages particulièrement troublantes lui sont parvenues.…

Les données informatiques et personnelles sont au cœur de bien des débats, malgré un défaut inhérent à leur nature : elles sont peu palpables, difficiles à visualiser et à matérialiser. À moins de faire appel à ce que la loi européenne permet : l’accès au registre de toutes les données personnelles recueillies par un service Web ou une application mobile. Reste qu’en attendant sa simplification, planifiée pour mai 2018, le procédé reste complexe, et les entreprises, qui entretiennent volontiers le mythe du bureau hors-sol et intouchable, pas toujours enclines à jouer le jeu…

Avec l’aide du "privacy activist" Paul-Olivier Delhaye, la journaliste française Judith Duportail, pour le Guardian, a toutefois été au bout de ce processus, avec la firme MatchGroup, derrière l’appli à succès Tinder, qui fait matcher plus de 50 millions d’utilisateurs depuis sa création il y a cinq ans.

Le résultat lui est revenu, et l’a horrifiée : un dossier de pas moins de 800 pages, faisant mention des 920 fois où elle a utilisé l’app et de ses 870 matches. Mais aussi de ses conversations, ses photos (y compris Instagram, alors qu’elle avait supprimé le couplage entre les deux applications), ses likes Facebook, ses voyages, la moyenne d’âge des hommes avec qui elle matchait, les lieux où elle conversait avec eux, ses préférences culinaires ou… sexuelles. "Je me souviens de quelques amants, de matches devenus des amis ou de rendez-vous totalement loupés. Le reste, je les avais oubliés. Tinder pas. Tinder me connaît en fait parfaitement bien, il connaît même la version peu glorieuse de moi qui écrit la même blague à match 567, 568 et 569", écrit la journaliste, qui confesse un "sentiment de culpabilité" lors de l’épluchage de son dossier.

Tinder, appli pensée pour faciliter les rencontres et très plébiscitée des jeunes, ne fait, comme bien d’autres applications, rien d’illégal : lorsque vous vous inscrivez, vous acceptez les conditions générales, qui font bien mention de la collecte de données personnelles susceptibles d’être commercialisées à des fins publicitaires. L’entreprise prévient même que la sécurité des infos personnelles et des conversations n’est pas garantie. "Aucun système n’est complètement sûr", écrit la firme.

Les experts du secteur, comme Olivier Keyes, spécialiste des données à l’université de Washington, sont peu surpris au moment de commenter l’expérience : "Chaque application que vous utilisez régulièrement sur votre téléphone possède les mêmes types d’informations. Facebook a des milliers de pages sur chacun d’entre vous !"