New-Tech La hype autour de la K7 audio se confirme dans les chiffres de vente. Un come-back qui tient du phénomène nostlagico-trendy. Mais qui n’a aucun sens d’un point de vue audiophile.

35 % d’augmentation en un an. 174.000 K7 audio vendues en tout sur l’année aux USA, soit 45.000 exemplaires de plus qu’en 2016, qui était déjà une très belle année pour ce support ressorti du placard poussiéreux. Le K7 revival est bien réel. Gardons raison : elles ne pèsent que 0,10 % des ventes totales d’album. Et sans Stranger Things, 13 reasons Wy et (surtout) la superproduction de Marvel Les Gardiens de la Galaxie (22 % des ventes totales de K7 en 2017 pour l’ Awesome Mix Vol.2, soit presque 40.000 exemplaires vendus !) , la hype n’aurait jamais pu reprendre.

On peut l’estimer sympathique, surfant sur le caractère rétro-bobo-nostalgique de plus en plus présent (et rémunérateur) dans nos sociétés occidentales. On peut apprécier ce retour vers le physique, le tangible, l’objet, à l’heure du cloud et du démat’.Mais il faut aussi dire à quel point, dans le même temps, écouter une K7 audio (et dans une moindre mesure un vinyle) en 2018 est une anachronie auditive. Voire une insulte à nos oreilles…

Une cassette, au final, c’est avant tout une bande magnétique sur laquelle sont enregistrées les pistes sonores (4, ou plutôt 2x2, en stéréo). Dans sa mouture la plus évoluée, une k7 audio est capable de fournir un spectre sonore compris entre 30 Hz à 18 kHz. Cette fréquence d’échantillonnage limitée (le CD audio monte jusqu’à 44,1 kHz) n’est pas un frein auditif énorme en soi : une oreille saine (et jeune) saisit la nuance jusqu’à 20 kHz (ce qui est déjà vachement aigu) tout au plus - même s’ il a déjà été prouvé qu’enregistrer au-delà de 20 kHz pouvait avoir de l’intérêt dans la restitution du spectre sonore de certains instruments. En revanche, la vitesse de défilement standard de la bande magnétique (4,7625 cm/seconde) limite clairement la qualité sonore, surtout dans les hautes-fréquences. Bruit de souffle, manque de dynamique : la K7 bande est mécaniquement truffée de paramètres handicapants.

Le vinyle n’est en rien supérieur au numérique

Est-ce pareil pour le vinyle, qui a déjà prouvé que son retour ne tenait pas de l’épiphénomène ? Ses défenseurs vantent souvent la "chaleur" et la "douceur" des pistes qu’il joue. Son respect tout analogique, face à la méchante numérisation. Pourtant, techniquement, il est dépassé sur tous les plans par la musique numérique. Rien qu’au niveau de la dynamique, la quantification sur 16 bits d’un CD lui confère une dynamique de 96 dB. Le bruit de fond inhérent au vinyle ne lui permet d’atteindre que 50 à 60 dB tout au plus ! Il n’y aucun "grain" qu’un CD avec un fichier encodé en WAV ne puisse pas rendre…

Mais attention : même un fichier numérique peut desservir la musique. Le codec MP3, techniquement dépassé lui aussi, l’illustre bien. Même s’il est toujours extrêmement populaire, puisqu’il a accompagné notre entrée dans l’ère digitale et constitué, de nombreuses années durant, un superbe compromis entre faible poids du fichier et qualité passable.

Pour autant, voilà 10 ans qu’il n’a techniquement plus lieu d’être : la mauvaise réputation (auprès des audiophiles) du format s’explique notamment par le fait que Microsoft imposait dans Windows XP un encodage MP3 limité à 128 kbit/s, soit la plus faible et la plus destructrice des configurations du format. Aujourd’hui, la mauvaise qualité du MP3, si elle persiste, est toutefois atténuée par des encodages de meilleure tenue, dont la nouvelle référence en 320kbit/s qui permet par exemple une restitution stéréo moins artificielle. Mais même ainsi le MP3 n’est pas le codec qui conserve le mieux la nuance d’un grand master. Bien entendu, vous rétorquerez que l’étudiant qui coiffe son casque Beats Audio se soucie peu du respect de l’œuvre originale. Et qu’il se moque comme de son premier téléchargement illégal d’écouter de la musique lossless (sans perte) sur fichiers FLAC ou en SACD.

Mais il n’empêche : indépendamment de sa chaîne de lecture (ampli, enceintes, lecteur), un fichier OGG Vorbis streamé sur Spotify en qualité "exceptionnelle" (réglages à choisir dans les paramètres de l’app), c’est-à-dire 320 kbit/s, est techniquement supérieur en tout point à un enregistrement vinyle, ou une K7 audio. Moins rétro, moins cool, moins évocateur de souvenirs.

Mais supérieur quand même.