New-Tech Pierre-Emmanuel, niveau 12, 41 bestioles dans son Pokédex est convaincu : "Le succès de Pokémon Go est parti pour durer !"

Dans le métro, les parcs, les coins de rue, les toilettes d’un établissement bruxellois (véridique !), ou au volant (pas bien…), hommes et femmes, souvent la petite trentaine, parfois un peu moins, s’agitent aux quatre coins du pays. Ils rodent, errent, font le tour du pâté de maisons, passent et repassent, smartphones en main, sourire en coin. Ils quêtent un Roucoups, un Noadcoco, un Chenipan, un Soporifik. Ou un Pokéstop. N’ayez crainte, chers non-initiés : ils ne font que jouer à Pokémon Go, la nouvelle application sensation dont il devient impossible de ne pas avoir entendu parler.

On vous refait le topo : Pokémon Go est une application mobile gratuite lancée par Nintendo et développée par Niantic (une excroissance de Google, qui s’était déjà, plus tôt, frottée à un grand jeu de piste géolocalisé avec l’app Ingress ). Son principe est simple : vous y incarnez un dresseur (dont vous personnalisez les traits) et explorez le monde, à la recherche de Pokémons. Quel monde ? Le nôtre, pardi ! Le vrai. En arpentant nos rues, via la géolocalisation, votre téléphone (équipé d’une puce GPS) sait où vous vous trouvez et où vous vous déplacez. Et les développeurs ont placé, aléatoirement, des Pokémon dans notre monde ! À capturer au moyen de Pokéballs, à récupérer dans des Pokéstops (points d’intérêts réels et illustrés, souvent historique, qui font office de point de ravitaillement). Cerise sur le gâteau, ces Pokémons apparaissent, sur l’écran de votre mobile, dans le véritable environnement qui vous entoure, comme s’ils s’étaient insinués dans notre monde…

La Pokéfolie a très largement dépassé les attentes de Nintendo : dans tous les marchés où l’appli est officiellement disponible (Australie, Japon, USA, Allemagne, France), elle est n°1 (tant sur l’App Store d’Apple que le Google Play Store d’Android). On parle déjà de dizaines de milions de téléchargements, en englobant les téléchargements non-officiels. L’action de Nintendo a bondi, comme la capitalisation boursière de Big N, qui s’est étoffée de 10 milliards de dollars en huit jours. La firme japonaise en avait bien besoin après le décès de son emblématique patron et le four réalisé par la Wii U…

Quid en Belgique ?

"Chez nous aussi, la hype est très forte" , nous confirme Pierre-Emmanuel Soumois, développeur belge de jeux vidéos, autoentrepreneur et collaborateur au médium vidéoludique belge Les joueurs du dimanche . "Pokémon est leader en Europe alors que l’app n’est même pas officiellement disponible… C’est du jamais vu. Autour de moi, je vois beaucoup de gens jouer. Moi-même, je m’y suis mis, dès l’arrivée de l’app, il a une bonne semaine. Je suis au niveau 12, avec une quarantaine de Pokémons." Surtout, le développeur sent assez vite la hype monter : "Il y a l’aspect nostalgie - Pokémon, c’est l’enfance d’une grosse génération - la facilité de l’app, le fait qu’il fasse beau et que le temps soit propice à la marche, et surtout la géolocalisation, plus que la réalité augmentée, qui fait le succès de l’appli."

Ce succès a inspiré à Pierre-Emmanuel l’idée d’une carte interactive. La première, belge. Un outil gratuit, et collaboratif, "pour tester l’entraide des utilisateurs, tous invités à partager leurs découvertes dans le jeu en ligne" .

Les arènes, les Pokéstops, mais aussi les Pokémons rares y sont référencés, pour la Belgique. Le succès croît vite : mercredi, on pouvait y découvrir l’emplacement de quelque 400 Pokéstops et 150 arènes. Hier jeudi, ces chiffres avaient bondi à plus de 1.500 signalements !

Pour Pierre-Emmanuel, le buzz n’a pas fini de gonfler. "Bien sûr, il ne perdurera pas, de cette façon, au-delà de l’été. Dès qu’il fera moins beau, les gens sortiront moins, sans compter ceux qui vont se lasser. Mais ceux qui ont joué aux premières versions de Pokémon resteront… Et ils représentent déjà une très importante communauté. Le succès de Pokémon Go, même s’il va forcément se tarir, est parti pour durer…"

En tout cas, Pierre-Emmanuel a pris les devants : "Nous organisons une chasse aux Pokémons, à Ixelles, en août. Vu la popularité du jeu, on va demander l’autorisation de la commune…"

La carte collaborative Pokémon Go Belgique : https ://www.google.com/maps/d/u/0/edit?mid=1P_CN7c-lGHTiNyyUA4HAmijHDHE.


Trois questions de non-initiés

1. Comment y jouer ?

Pour l’instant, en Belgique, l’app n’est pas officiellement disponible. Mais sur écosystème Android (libre, pour rappel), il est parfaitement légal de télécharger l’application à partir d’une autre source que le Play Store officiel et donc d’y jouer (attention à temporairement  "accepter les sources inconnues"  dans les paramètres de votre smartphone). Sur iPhone, c’est un poil plus compliqué, puisqu’il faudra transiter par un compte Apple français ou américain.

2. Le jeu a été critiqué pour son côté intrusif, et une faille qui irait chiper les données personnelles des utilisateurs. Vrai ou faux ?

Vrai… mais plus maintenant. La faille de sécurité,  "innocente",  jure Niantic, concerne les inscriptions au moyen d’un compte Google, et aurait permis à l’app d’accéder à votre répertoire et même vos e-mails. Corrigé via une mlse à jour.

3. C’est dangereux, ou pas ?

Oui ! Puisqu’il se joue dans le monde extérieur et vous emmène dans des endroits parfois incongrus, la prudence, permanente, et le bon sens, restent de mise. Des cas d’accidents, collisions, mais aussi de malfrats appâtant les joueurs en se plaçant à des endroits stratégiques localisés dans le jeu ont été rapportés (sans oublier le fameux cadavre). Le jeu est recommandé aux adultes, et pourrait être dangereux entre des mains trop juvéniles. Pour éviter de se promener nez collé à l’écran, et par intérêt mercantile, Nintendo a aussi lancé le Pokémon Go Plus, un bracelet qui vous prévient lorsqu’un Pokémon est à proximité. Outre le côté dangereux, on note que le jeu peut-être assez intrusif : le musée de l’Holocauste de Washington, accueillant dans ses murs un Smogo, a été, de manière assez indécente, pris d’assaut par des dresseurs !