New-Tech Les voix s’élèvent contre Messenger Kids, appli sortie aux USA, il y a peu. Sa suppression est demandée...

Si le succès actuel de Facebook dépasse l’entendement (2,2 milliards d’utilisateurs actifs mensuellement), il est moins évident en ce qui concerne les générations futures. Autrement dit : ceux qui sont enfants aujourd’hui.

Il est donc question de regagner le cœur des teens pour Facebook, histoire d’éviter d’être le Myspace de demain. On connaissait déjà le laxisme avec lequel Facebook encadrait l’inscription des mineurs. Théoriquement, il faut avoir 13 ans pour ouvrir un compte sur le réseau des réseaux. Une étape contournable en un demi-clic pour tous les moins de treize printemps. Mais, depuis décembre dernier, la firme de Mark Zuckerberg va plus loin : elle a lancé une version de Facebook… pour enfants ! Ou plus précisément, une version Kids de Messenger, l’appli de messagerie instantanée sœur de Facebook. Garantie sans pub (Facebook promet même qu’aucune donnée propre aux petits ne sera exploitée à des fins publicitaires ultérieures), Messenger Kids est dispo uniquement aux États-Unis, sur les appareils Apple, à ce stade. Avant une extension future sur Android.

L’application doit être installée par les parents eux-mêmes, qui sont les seuls à pouvoir approuver les personnes pouvant communiquer avec leur progéniture. Le réseau social assure aussi que les enfants ne se verront pas automatiquement migrer vers Facebook, une fois leurs 13 ans révolus. Mais il est difficile d’imaginer que le réseau social ne tente pas, ici, de harponner de futurs utilisateurs massifs potentiels à ses services… Le tout avec l’aval de leurs géniteurs.

Et manifestement, ça ne passe pas.

Dans une lettre ouverte à Mark Zuckerberg, plus d’une centaine de docteurs, éducateurs et experts s’inquiètent des conséquences de Messenger Kids sur le développement des 6-12 ans. Et réclament sa suppression, en invoquant le manque de maturité de ces jeunes utilisateurs, leur propension à exposer des photos et vidéos de leur vie quotidienne, et les risques d’addiction que la consultation d’un tel réseau social implique. "De nombreuses recherches montrent que l’usage excessif des réseaux sociaux et des appareils électroniques est néfaste au développement des enfants et des adolescents".

Le document évoque le fait que les jeunes utilisateurs passant entre 6 et 9 heures par semaine sur ces sites auraient 47 % de chances d’être plus malheureux que leurs pairs. "Nous en sommes à une phase charnière où les entreprises des nouvelles technologies doivent décider si elles vont agir de façon éthique et responsable vis-à-vis des enfants et familles ou si elles vont continuer à poursuivre des objectifs financiers au détriment du bien-être des enfants", déclare Josh Golin, directeur du CCFC (Campaign for a Commercial Free Childhood).

"On est désormais sûr que la durée passée sur les écrans est proportionnelle à de mauvais résultats scolaires. Plus on passe de temps là-dessus, plus la qualité du sommeil se détériore, plus la fatigue s’accumule et moins les capacités d’apprentissage sont élevées", expliquait Jacques Henno, journaliste et auteur de livres sur l’enfance et le numérique, à La DH il y a peu.

Dans le même temps, le Centre of Humane Technology, une organisation composée entre autres d’ex-employés de Google et de Facebook, a vu le jour. Son objectif est d’exposer, au moyen de sa nouvelle campagne The Truth about Tech, les effets de l’asservissement à la technologie et aux médias sociaux.

Les débuts de l’éveil d’une conscience éthique, du côté de la Silicon Valley ?